Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/999

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pression de la traite, et qu’en revanche l’Angleterre renonce, pour les matelots, à toute prétention de recherche sur les navires américains. En supposant la vérité du fait, on ne pourrait encore en tirer aucune induction pour la France, non-seulement parce que la France n’a nullement l’obligation de suivre les erremens des États-Unis, mais aussi parce que la position des deux pays n’est pas la même. Les États-Unis n’étaient liés jusqu’ici par aucun traité. Nous, nous avons les traités de 1831 et de 1833. Il s’agissait pour eux de faire une concession quelconque, pour nous il s’agissait d’étendre les concessions déjà faites. Avant d’établir aucune comparaison, il faudrait connaître au juste les termes de la convention qu’on suppose avoir été conclue. Les États-Unis ont-ils accepté le traité de 1841 ?

Les relations commerciales ? C’est là en effet une question qui tient en éveil, nous ne dirons pas le pays, mais certains intérêts, certains intérêts particuliers, considérables, puissans, redoutables au pouvoir. On assure que le ministère s’occupe d’une négociation avec la Belgique, peut-être aussi avec un autre état ; qu’il prépare sans bruit une convention importante qui serait le coup d’éclat du 29 octobre. Le cabinet veut, dit-on, triompher ou périr sur un nouveau champ de bataille, pour avoir tenté nue grande chose, poursuivi une grande pensée.

Nous ne demandons pas mieux que de voir le ministère entrer dans cette voie nouvelle. La France en sera agréablement surprise, et, quelles que puissent être les plaintes des intérêts particuliers, la mesure obtiendrait les suffrages du pays.

Mais il faut, avant tout, ne point se faire d’illusion sur la nature de la convention qu’on prépare. S’agit-il d’une véritable association commerciale, d’un Zollverein franco-belge, d’un traité par lequel la Belgique se trouverait, pour ce qui concerne le commerce extérieur et les douanes, ne faire qu’un seul tout avec la France ? Nous sommes convaincus que, malgré quelques clameurs, l’œuvre du gouvernement serait ratifiée par le pays. S’agit-il, au contraire, d’une nouvelle convention pour régler quelques points particuliers, pour accorder à la Belgique des modifications de notre tarif en échange des modifications qu’elle nous offrirait à son tour ? Le ministère s’engagerait dans une voie qui lui serait funeste. Le traité rencontrerait toujours l’objection de la différence numérique des deux marchés : les intérêts particuliers et tous les préjugés commerciaux qui exercent encore un si grand empire sur les esprits s’élèveraient avec fureur contre la convention, et on ne pourrait pas, pour leur imposer silence, faire valoir tout ce qu’il y aurait de grand et d’utile pour les deux pays dans une véritable union commerciale. La question se trouvant rapetissée et réduite à quelques points spéciaux, le pays n’y verrait qu’un intérêt tout matériel, une lutte de douaniers, une perturbation jetée arbitrairement dans le système établi ; les intérêts particuliers, ne se sentant pas contenus par la puissance de l’intérêt général, auraient le champ libre pour leurs accusations et leurs plaintes.

Ajoutez nue la conduite des Belges à notre égard rend de plus en plus dif-