Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/59

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avec violence ; des frissons fréquens lui passèrent sur le corps ; il eût voulu, pour tout au monde, retarder d’une heure, d’une minute, le moment d’entrer dans le jardin. Arrivé à la petite porte, il s’arrêta un instant pour respirer, puis il frappa un coup à la porte pour avertir Cornélie qu’il était là ; mais il entendait son cœur battre avec tant de bruit, qu’il n’était pas sûr d’avoir frappé. Cependant il poussa la porte qui s’ouvrit comme d’elle-même ; il la referma, et fit quelques pas dans le jardin. Cornélie n’y était pas encore : d’abord il en fut bien aise, cela lui donnait le temps de calmer la violence de ses émotions ; mais, au bout d’une minute, il en fut désespéré, et le même homme qui, il n’y a qu’un instant, aurait presque consenti à ne pas voir Cornélie qui l’attendait, quand il n’y avait pour cela qu’à pousser une porte ouverte, maintenant qu’il pensait qu’elle ne pouvait pas venir, était résolu à s’introduire dans la maison par une fenêtre, et à aller chercher celle qu’il aimait. Comme nous l’avons déjà pu remarquer, il n’avait peur au monde que de Cornélie.

Bientôt une forme blanche se dessina à travers le feuillage ; l’ame de feu Bressier avait singulièrement compté sur cette nuit-là, toute la journée avait été orageuse ; les feuilles et les fleurs, fatiguées par la chaleur, se relevaient sous les fraîches haleines de la nuit. L’ame de feu Bressier secouait les branches fleuries des acacias pour en faire tomber les parfums.

Cornélie et Paul Seeburg s’assirent sur un banc. Paul avait osé prendre la main de Mlle Morsy, et la tenait dans la sienne. Ils ne parlaient pas ; c’était cette fois Cornélie qui avait un peu peur de Paul. Qu’auraient-ils dit ? Paul était tout occupé de désirs et d’espérances, que pour rien au monde il n’eût osé exprimer. Cornélie était en proie à une terreur mystérieuse dont elle ignorait elle-même la cause ; il lui aurait été impossible de dire ce qu’elle redoutait. Cependant Paul finit par rompre le silence. Il parla de l’avenir, du temps où elle serait à lui ; il jura d’avoir du courage et de la mériter. Cornélie répondit à ce serment par un serment de constance éternelle. Mais il y avait dans la nuit, dans la lumière de la lune qui se dégageait de temps en temps des nuages, dans le feuillage noir, dans les parfums des fleurs et des arbres, dans ce silence profond, dans l’air qu’ils respiraient, tant d’amour et tant de volupté, que les deux amans, tout en parlant de l’avenir, s’abandonnaient à chaque instant davantage au présent : la tête de Cornélie tomba sur la poitrine de Paul, Paul entoura d’un de ses bras le corps de sa charmante maîtresse, leurs mains se pressaient étroitement. Cornélie sentait dans ses cheveux l’haleine brûlante de Paul.