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Les Américains ont aussi beaucoup écrit sur leur pays : par exemple Cooper, dont le Dernocrat a fort irrité ses concitoyens ; Channing, l’adversaire éloquent de l’esclavage ; George Watterston et Nicolas Biddle Van Zandt, rédacteurs d’excellentes tables statistiques (Tabular statistical views) ; l’auteur de Voice from America, pamphlet très remarquable par la justesse et le courage des idées ; Sanderson, auteur d’America ; Downing, qui a osé railler les mœurs politiques de l’Union (Lettres de l’oncle Sam) ; le célèbre Washington Irving ; James Hall, qui a publié les Sketches of the West ; le docteur Reid (D. Reid’s Tour) ; surtout Audubon, peintre naïf, quelquefois admirable, des forêts immenses et de leurs hôtes. Trois Allemands, le prince Puckler-Muskau, F. Lieber et J. Grundt, viennent ensuite ; l’ouvrage de ce dernier, aussi mal composé que mal écrit, tend à prouver que l’aristocratie règne aux États-Unis (Die Aristocratie in America, von J. Grundt).

Quant aux Anglais qui ont visité l’Union pour la gourmander ou se moquer d’elle, on aurait peine à les compter : tels sont mistriss Trollope (the Americans), miss F. Ann Butler (A Journal), Halliburton (Samuel Slick), Tyrone Power (Impressions of America), Basil Hall, Hamilton, miss Martineau (Society in America), le capitaine Marryatt (Diary in América), enfin Charles Dickens, qui a mis récemment en circulation son voyage aux États-Unis sous ce titre qui est un calembour : Notes for general circulation.

Ces œuvres si diverses, la plupart écrites avec une diffusion et un sans-gêne intolérable, empreintes la plupart des préoccupations et des intérêts de leurs auteurs, composent le dossier le plus récent de ce procès qui se continue et ne se videra jamais, entre la vieille civilisation et la nouvelle, entre l’Europe féodale, qui se dépouille de son passé, et les États-Unis, qui ne sont pas en pleine possession de leur avenir. Chaque année, de nouveaux voyageurs anglais passent l’Atlantique, curieux de savoir ce que deviennent leurs petits-fils d’Amérique. Ces derniers franchissent à leur tour l’Océan et viennent quand ils ont le loisir, quand leurs spéculations, leurs défrichemens, leurs banqueroutes, le leur permettent, observer de près leur vieille mère, espérant bien se venger d’elle, et lui trouver des fautes, des vices et des ridicules. Personne ne manque son but. L’aristocratie essaie de prouver que la démocratie est vicieuse, et vice versâ ; la vanité jeune combat la vanité séculaire. Quel peuple n’offre pas sa moisson de folies ? Marryatt, Hall, miss Martineau,