Page:Revue des Deux Mondes - 1843 - tome 1.djvu/845

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« Or, quand vous arrivera de ma part ce firman, comprenez-le bien. Conformément au traité d’Akerman, notre gouvernement, prenant à témoin la cour russe, considère que les Serbes, nos rayas depuis des siècles, sont dignes de notre impériale clémence. Par conséquent, tout ce qui les concerne au huitième article du traité de Boukarest s’exécutera dans le terme de dix-huit mois. Cet intervalle de temps sera employé par mon conseil à discuter avec les envoyés du divan (sénat) de la Serbie, et en présence des représentans de la cour russe, les demandes faites par les knèzes serbes. Conformes au traité de Boukarest, ces demandes sont les suivantes Que le peuple serbe puisse pratiquer librement les rites et cérémonies de son église ; qu’il choisisse ses juges dans son sein ; qu’il puisse administrer intérieurement son pays avec une entière indépendance ; que tous les impôts se fondent dans un seul tribut ; que toutes les propriétés turques de Serbie soient remises aux mains des Serbes et administrées par eux en séquestre ; qu’ils puissent avec leurs propres passeports parcourir pour leur commerce toute la Turquie ; qu’ils aient le droit de fonder chez eux des écoles, des hôpitaux, des imprimeries ; qu’enfin aucun Turc, excepté ceux des citadelles, ne puisse vivre ou demeurer en Serbie.

« Avant que ces neuf demandes de nos fidèles et dociles rayas eussent pu être mûrement examinées par notre cour, et sanctionnées de concert avec la Russie, un concours de circonstances vint suspendre l’exécution du traité de Boukarest, et la guerre recommença. Maintenant que la paix vient d’être rétablie entre notre Porte et la cour russe, le sixième article du traité d’Andrinople stipule de nouveau les franchises de la Serbie, déjà stipulées dans les conventions d’Akerman, à l’exécution desquelles de trop grands obstacles s’étaient opposés jusqu’ici. En vertu de ce sixième article, le divan va donc faire droit aux réclamations de la Serbie ; les six nahias qui lui avaient été enlevées lui seront rendues, et toutes ses libertés seront reconnues solennellement. C’est pourquoi, à la condition qu’ils me restent soumis, j’écris, revêts de ma signature et envoie ce firman à mes fidèles rayas serbes. Et maintenant, toi, visir, et toi, cadi, faites part au peuple serbe de ces décisions, et qu’il prie Dieu pour son tsar.

« Écrit le 1er reboul-akira 1245. »


Quelque avantageux qu’il fût aux Serbes, ce firman du tsar turc ne fixait rien en faveur de Miloch ; aussi l’obor-knèze le tint-il secret,