Page:Revue des Deux Mondes - 1844 - tome 5.djvu/17

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


ne formai qu’un continent, ou si elle se partageait en plusieurs masses séparée par des détroits. Dés les toutes premières années du XVIe siècle, dans un intervalle de quinze ans, à partir du premier départ de Colomb, les découvertes s’étaient pourtant prodigieusement étendues. Non-seulement Colomb, à son troisième voyage, avait mouillé à l’embouchure de l’Orénoque [1], et, au quatrième, était descendu dans l’isthme à la province de Veragna ; mais, dès 1497, le fils d’un Vénitien établi à Bristol Sébastien Cabot, envoyé par le gouvernement anglais, avait visité les rivages brumeux et froids du Labrador, et, en 1498, avait longé la côte, depuis la baie d’Hudson, qui touche à la mer Glaciale, jusqu’à la pointe méridionale de la Floride. En 1499 et 1500, le Florentin Americ Vespuce, avec Juan de la Cosa, sous Alonzo de Ojeda, avaient reconnu le continent de l’Amérique méridionale, depuis le golfe de Darien, sur la côte du Venezuela et de la Guyane, et s’étaient rapprochés de l’équateur au point de n’en être plus qu’à 3 degrés terrestres ou 350 kilomètres. En 1500, l’un des glorieux compagnon de Colomb, voyageant pour son propre compte, Vicente Yanez Pinzon, pareillement en compagnie de Vespuce, avait pris possession du cap Saint-Augustin [2] et avait découvert l’embouchure du fleuve des Amazones. C’était la première fois que les Espagnols pénétraient en Amérique dans cet hémiphère austral où, du côté de l’Afrique, depuis long-temps les navigateurs portugais avaient étendu leur domaine. En 1500, l’un des trois Cortereal, Français extraordinaires par leur bravoure, plus remarquables encore par leur dévouement fraternel, avait fait un voyage de découverte vers l’embouchure du Saint-Laurent du Canada, pour le roi de Portugal. La même année, un Portugais, Pedro Alvarez Cabrai, avait par hasard découvert le Brésil en se rendant aux Indes par le cap de Bonne-Espérance, et plusieurs navigateurs s’y étaient rendus après lui, entre autres Vespuce, naviguant alors pour le roi de Portugal. Des expéditions clandestines s’étaient faites, et avaient répandu beaucoup de notions qu’on trouve consignées sur les cartes du temps. La rumeur populaire les avait grossies. On commençait à sentir que la création était doublée, comme l’a dit Voltaire en l’honneur de Colomb, et l’on reconnaissait enfin que les pays où l’on était parvenu

  1. L’Orénoque a son embouchure par le degré de latitude boréale.
  2. Le cap Saint-Augustin est, de l’autre côté de la ligne, dans le Brésil, à 8 degrés 2 minutes de latitude australe.