Page:Revue des Deux Mondes - 1844 - tome 5.djvu/19

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le don de rajeunir quiconque se plongeait dans ses eaux [1]. L’ambition individuelle et la fierté nationale, la soif de l’or, l’ardeur du prosélytisme religieux, la passion du merveilleux et les froids calculs de la politique, étaient d’accord pour lancer ce que l’Espagne avait de plus vaillant du côté de l’Amérique afin de saisir les Indes, qu’on en supposait au moins voisines. Pour atteindre ce but, il n’y avait, disait-on, qu’à trouver ce qu’on appelait dès-lors le secret du détroit, c’est-à-dire, entre les diverses terres découvertes par Colomb et ses émules, un bras de mer qui permît de s’avancer tout droit à l’ouest jusques al nacimiento da la especeria. De 1505 à 1507, une grande expédition fut préparée à cet effet par la cour d’Espagne. On devait serrer de près la côte du Brésil, afin d’y découvrir ce détroit qu’on désirait, et auquel on croyait, par l’effet de cette illusion qui nous porte à prendre nos souhait pour des espérances fondées. L’expédition fut un peu retardée et ne partit que le 29 juin 1508, de San-Lucar. Elle reconnût la côte de l’Amérique méridionale depuis le cap Saint-Augustin, qui est déjà, on l’a vu, dans l’hémisphère austral, jusqu’au Rio Colorado, qui est de 5 degrés (555 kilomètres) au-delà du Rio de la Plata ; mais elle passa devant l’embouchure de la Plata sans l’apercevoir. En 1515, deux ans après que Balboa avait vu et touché l’Océan Pacifique, Juan Diaz de Solis, qui avait commandé avec Vicente Yañez Pinzon l’escadrille de 1508, reçut l’ordre de se rendre vers le sud, afin de pénétrer dans cet océan par le détroit qu’on espérait toujours, et de revenir, en remontant vers le nord, par derrière ce qu’on appelait la Castille d’Or (c’est la partie de la Colombie actuelle attenante à l’isthme), jusqu’à ce qu’il fût à hauteur de l’île de Cuba. Il devait examiner, si par là n’existait pas quelque détroit pour retourner. L’intrépide Fiaz de Solis descendit en effet le long des côtes du Brésil, entra dans la Plata, qui pendant une douzaine d’années porta son nom (Rio de Solis), jeta l’ancre à l’îlot de Martin Garcia, dont il a été question dans ces derniers temps, et fut massacré par les indigènes avec huit personnes de sa suite. Cette expédition servit seulement à constater que la côte ferme de l’Amérique méridionale s’étendait sans solution de continuité jusqu’à la Plate, et on pouvait inférer du voyage précédent de Diaz de Solis avec Pinzon, qu’il en était de même jusqu’au Rio Colorado.

  1. C’est ce que cherchait Ponce de Léon et ce qui lui fit faire ses périlleuses expéditions en Floride.