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l’Angleterre et la France, développaient leur grandeur et leur prospérité. Si à partir de cette époque elle s’appropria quelques-unes de ces innovations qui étendent la force de l’homme, ce fut seulement dans les arts de la guerre, car l’Espagne a conservé jusqu’à la fin du XVIIIe siècle un corps d’artillerie savant, des ingénieurs militaires éminemment recommandables, et d’habiles marins. Après que la France eut donné l’exemple des canaux à point de partage, et que le canal du Midi eut montré que l’on pouvait ainsi gravir les crêtes en bateau, il ne parait pas que le gouvernement espagnol ait sérieusement voulu se servir de ce procédé pour établir une communication dans l’isthme entre la mer des Antilles et la mer du Sud. Le mystère dont étaient enveloppées les délibérations du conseil des Indes pas toujours demeuré tellement profond qu’on n’ait pu savoir ce qui s’y était passé. M. de Humboldt, auquel le gouvernement espagnol ouvrit libéralement l’accès et de ses colonies, et, ce qui est plus surprenant, de ses archives, trouva dans ces dernières plusieurs mémoires sur la possibilité d’une jonction des deux océans par le lac de Nicaragua ; mais dans aucun de ceux qui sont arrivés à sa connaissance, le point principal, dit-il, qui est la hauteur du terrain dans l’isthme, ne se trouve éclairci : l’illustre voyageur fait même remarquer que ces mémoires sont français ou anglais. Depuis le jour, glorieux dans l’histoire des conquêtes de la civilisation, où Balboa traversa l’isthme de Panama, le projet d’un canal entre les deux océans a occupé tous les esprits. Dans les conversations des posadas espagnoles, on s’en entretenait comme d’une légende ; et quand par hasard passait un voyageur venant du Nouveau-Monde, après lui avoir fait raconter les merveilles de Lima et de Mexico, la mort de l’inca Atahualpa et la défaite sanglante des braves Aztèques, après lui avoir demandé son opinion sur l’Eldorado, on le questionnait sur les deux océans et sur ce qui arriverait, si on parvenait à les joindre. Dans toute l’Europe, on en berçait l’imagination des écoliers. Seul le gouvernement espagnol n’en prenait aucun souci. Il y a vingt années encore, c’était un des romans de l’esprit humain ; l’idée était restée à l’état fantastique ; Il n’en existait pas une étude que le plus modeste de nos ingénieurs des ponts-et-chaussées n’eût jugée indigne de lui.

Dès 1520 et 1521, Cortez pensait à une communication des deux océans : il l’établit même grossièrement par le moyen d’une route unissant le Chimalapa au Guasacoalco. A la fin du XVIIIe siècle, alors