Page:Revue des Deux Mondes - 1844 - tome 6.djvu/395

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tarifs que sur la difficulté qu’ils éprouvaient à se faire jouer. Covent-Garden et Drury-Lane, qui autrefois représentaient régulièrement, dans chaque saison, deux ou trois comédies et un grand nombre de farces légitimes, ne donnaient presque plus de nouveautés. On soumettait chaque année au directeur de Haymarket cent à cent cinquante pièces ; il n’en jouait que cinq ou six. Somme toute, indépendamment des abus auxquels le bill de 1833 a tenté de remédier, le théâtre paraissait peu lucratif pour les écrivains ; le bill a nécessairement amélioré leur situation en mettant un terme à des actes de spoliation : nous doutons cependant qu’il ait créé à leur profit des ressources que l’état précaire de l’industrie dramatique ne leur permettait guère d’espérer.

L’enquête de 1832 a encore fourni des renseignemens curieux sur les comédiens. L’Angleterre ne possède aucune école dramatique, aucun établissement analogue à notre Conservatoire et à ses classes de musique et de déclamation. Aussi ne s’y forme-t-il point de sujets pour représenter le répertoire classique, Shakspeare, Otway, etc. Ce sont les théâtres de province qui servent de pépinière à ceux de la métropole ; York, Bath, Dublin et Liverpool passent pour former les meilleurs acteurs. Kean s’est élevé sur les théâtres de province.

La condition des acteurs est généralement précaire, difficile, et peu digne d’envie ; loin de s’améliorer, elle est devenue plus critique, sous l’influence de certains préjugés qui s’enracinent chaque jour davantage. Leur découragement perce dans leurs dépositions. « Quiconque peut faire autrement, dit Macready, ne se jette point dans la carrière ingrate du théâtre. » Tandis que les grands acteurs font la loi, les médiocres la subissent. On se dispute les premiers, et les seconds se donnent au rabais, double effet d’une concurrence excessive. « Les théâtres qui s’ouvrent sur tous les points, au dire d’un comédien dans l’enquête, dégradent la profession ; ils se procurent un acteur d’élite qu’ils appellent leur étoile (star), et le reste de la troupe est misérable. » Les acteurs des grands théâtres n’ont pas le droit de jouer sur les scènes secondaires. Ils sont tenus de se pourvoir d’une permission spéciale, qui, du reste, leur est ordinairement accordée. Il a fallu un ordre du lord-chambellan pour contraindre Covent-Garden et Drury-Lane à laisser paraître leurs acteurs à Haymarket, pendant le temps de leur clôture, du 30 juin au 30 septembre. Les deux théâtres patentés se sont concertés pour ne prendre qu’après une saison, depuis leur retraite, les acteurs sortis de leurs troupes respectives. Ils s’étaient même coalisés pour limiter les traitemens, mais Drury-Lane a manqué le premier à cet engagement.