Page:Revue des Deux Mondes - 1844 - tome 8.djvu/284

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aurait tiré assurément meilleur parti d’un pareil sujet, s’il s’était cru libre de le faire ; il nous aurait montré comment on peut faire hausser les épaules aux gens de goût de la métropole, et à deux mille lieues de là aider au destin d’une grande nation. Peut-être même y aurait-il trouvé la matière d’une dissertation tout-à-fait piquante sur la sottise dans ses rapports avec la politique. Voilà un livre à faire qu’il semble que M. Sydney Smith aurait dû écrire. C’est aux chercheurs d’excentricités littéraires à ramasser cette pensée et ce titre, que suggère l’examen attentif des travaux du spirituel publiciste.

Je ne prolongerai pas davantage cet examen. S’il y a une entreprise difficile au monde, c’est la critique des critiques : Qu’il me suffise de dire au sujet des autres écrits de M. Sydney Smith, qu’il s’y est presque toujours attaché à détruire un abus ou un préjugé, et presque tous ses efforts ont été heureux, tant l’esprit est un levier puissant quand il a pour appui la raison, pour mobile la conscience. M. Smith partage avec sir James Mackintosh et sir Samuel Romilly l’honneur d’avoir fait disparaître des codes anglais quelques anomalies barbares que le respect des traditions y avait laissé subsister au commencement de ce siècle. Son opinion sur la législation du paupérisme en a certainement hâté la réforme ; l’acte récent du parlement qui a interdit l’emploi des enfans dans le nettoyage des cheminées n’est qu’une conséquence des pages éloquentes écrites par lui sur ce sujet. En un mot, la mission de la Revue d’Édimbourg était de défendre les principes whigs et de préparer tous les progrès que réclamait l’état social et politique de l’Angleterre : cette pensée n’a cessé de guider M. Sydney Smith dans toute sa carrière de publiciste. Il a vengé la mémoire de Fox, que poursuivait encore dans son tombeau la haine de ses ennemis ; quand a sonné l’heure de la réforme parlementaire, il est venu se ranger sous le drapeau de sa jeunesse ; enfin (et cette preuve de son impartialité doit augmenter l’estime qu’il nous inspire), quoique possédé de cet amour exclusif de la patrie que tous les fils de la vieille Angleterre, citoyens d’une autre Rome, puisent aux mamelles de cette louve superbe, il n’en a pas moins su être juste envers la France, envers la révolution, envers Bonaparte, consul ou empereur, à une époque où c’était un crime de ne pas insulter à ces noms abhorrés. Aussi, plus je regarde de près le simple et honnête, écrivain dont j’ai cherché à peindre le talent, plus il me semble voir en lui l’image, complète. de l’Anglais tel qu’il s’est personnifié lui-même dans le type de John Bull, si reconnaissable à sa franche bonhomie, son humeur railleuse, son bon sens un peu prosaïque, mais impitoyablement juste, et ce génie solide et pratique qui fait avec la volonté ce que d’autres font avec la passion