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l’expérience. Nous en dirons autant de l’industrie cotonnière qui, sans être abandonnée pourtant, ne peut plus compter aujourd’hui parmi les ressources de ce pays. La seule récolte abondante qui se fasse régulièrement au Maroc, la seule à peu près qui jamais ne manque et puisse être considérée comme la vraie richesse des populations montagnardes, c’est la récolte du kermès, que les Amazirgas et les Shilogs vont vendre dans les villes, et dont les teinturiers marocains savent extraire couleur rouge d’une qualité à l’épreuve des ans. Il y faut joindre la récolte du miel et de la cire, qui est encore plus précieuse et plus générale, par la raison toute simple que, pour avoir la cire et le miel, il suffit de fixer les abeilles, dont l’armée entière du Maroc serait d’ailleurs impuissante à détruire les innombrables essaims. Il en est des mûriers comme des abeilles, on a beau en négliger la culture, on a beau les arracher, ou laisser croître à l’entour en toute liberté les halliers qui aspirent à les étouffer : dans la plupart des campagnes s’élève encore verdoyant et vivace l’arbre magnifique où le ver à soie forme et dépose ses riches cocons. Depuis long-temps il ne se fait guère plus de soie au Maroc, le peu que l’on en récolte est de beaucoup préférable à celle qui se recueille dans les huertas espagnoles. On pourra, quand on le voudra, faire de la soie une des branches les plus importantes du commerce africain.

Si l’agriculture languit au Maroc, les pâturages y abondent et les bestiaux y sont peut-être les plus beaux, les plus de la terre. Le Marocain pourrait dès aujourd’hui exporter de grandes cargaisons de beurre, de fromage et de viande ; déjà il alimente les soldats anglais et les habitans de Gibraltar. Les taureaux du Maroc n’ont pas ces vives allures et cette mine hautaine qui font dire aux toreros de Cadix et de Séville que les taureaux d’Andalousie sont de vrais hidalgos pour peu cependant que l’on s’occupât, avec une intelligente sollicitude, d’améliorer la race africaine, on ne tarderait pas à la rendre plus vigoureuse et plus fière que les vichos et les novillos andaloux. Les mules marocaines sont préférables aux mules d’Espagne ; moins inquiètes, moins capricieuses, moins têtues, elles sont plus rudes à la marche et aux fatigues des longs voyages, et on peut comparer leur sobriété à celle du chameau. Les mules au Maroc se vendent d’ordinaire à très bas prix ; quelquefois pourtant il s’en est trouvé de si belles, que les Anglais de Gibraltar en ont donné jusqu’à 300 duros, 1,500 francs environ. Cela ne peut être pour nous l’objet de la moindre surprise, car, dans nos Pyrénées françaises, nous en avons vu souvent, que pour notre compte nous aurions préférées aux plus souples et aux plus ardens chevaux. Du reste, les chevaux du Maroc soutiennent dignement la concurrence, à la rapidité de leur course, à leur agilité merveilleuse, à la force de leurs muscles, à l’incomparable beauté de leurs membres, à leur élégante fierté, qui toujours s’allie à la docilité, on ne peut s’empocher de reconnaître en eux la noblesse et la pureté du sang, et de les proclamer les chefs de la race d’élite à laquelle appartiennent les chevaux andaloux. La mule et le cheval, voilà les vrais serviteurs