Page:Revue des Deux Mondes - 1844 - tome 8.djvu/87

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écho affaibli des idylles de Diogo Bernades, ne semblent qu’un tribut inopportun payé à la passion des Portugais d’alors pour l’églogue. Il n’aurait fallu rien moins que le génie de Dante ou de Camoens pour rendre palpable et vivante l’idée profonde et bizarre de Corte Real, et faire comprendre cette pitié passionnée que le poète prête au désert pour sa victime.

La triste caravane continue sa route incertaine, exposée continuellement aux attaques des bêtes sauvages et aux embûches des Cafres encore plus féroces. Quel spectacle déchirant pour Sousa et pour dona Lianor, que de voir leurs pauvres petits enfans abattus par les privations et par la fatigue, le regard morne et trouble, enveloppés de la pâleur comme d’un linceul ! Lianor elle-même, ce trésor de beauté, il lui a déjà fallu faire trois cents lieues au travers de rochers et de forêts impraticables, et cependant, malgré la faiblesse de son sexe ; c’est elle qui soutient le courage de tous, elle qui relève les forces défaillantes, elle dont la douce voix rappelle la vigueur là où il n’y a plus qu’un souffle. Enfin, après plusieurs mois de marches dangereuses dans un pays stérile et inhabité, les Portugais, décimés par la mort, arrivent dans une aldée où règne un Cafre loyal et compatissant, qui les accueille avec bonté. Ils pourraient attendre là sans péril l’arrivée des négocians européens, car ils ont atteint, sans le savoir, hélas la rivière de Lourenço-Marques ; mais tant de fatigues, d’inquiétudes et de misères ont ébranlé et affaibli le jugement du capitaine. Reçu en ami par cette peuplade, il redoute des piéges et craint l’habituelle perfidie de ces sauvages. Le poète suppose ici que deux rêves prophétiques ont ajouté aux perplexités de Sepulveda. Dans un des courts momens de sommeil que lui ont laissé ses chagrins, il a pénétré en songe dans deux vastes enceintes ; l’une est le palais de la Vérité qu’habitent les patriarches, les prophètes, les évangélistes, les apôtres, les saints, les docteurs de l’église, et les principaux théologiens catholiques ; l’autre est le palais du Mensonge, où se pressent les fondateurs de fausses religions, les schismatiques, les hérésiarques et la foule des nouveaux hérétiques. Cette allégorie, dans le goût assez froid du tableau de Cebes, allonge le poème sans grand profit pour l’intérêt. Sousa a bien rencontré dans le palais de la Vérité le chef loyal qui lui prodigue une sa cordiale hospitalité et le convie à la prolonger ; mais il confond ce digne chef avec le Cafre perfide qu’il a vu dans le palais du Mensonge. Pour mettre fin à ses incertitudes, Sepulveda assemble ses compagnons et leur expose les bienveillantes propositions de leur hôte. Ce roi ne met d’autres conditions au séjour des Portugais dans ses domaines