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II ou Mnemon, qui n’est plus compté que comme roi persan. Ce fait chronologique se coordonne d’une manière remarquable avec deux monumens dont il sert à faire connaître la nature et l’importance.

La tolérance que je viens de signaler, de la part des rois perses, entre Cambyse et Darius II, alla même jusqu’à permettre l’emploi de l’écriture hiéroglyphique sur les objets qui faisaient partie du mobilier royal en Égypte. Du moins il semble que ce soit ainsi qu’on doive se rendre compte de l’inscription bilingue, peut-être quadrilingue, ou en tout cas quadrilittérale, gravée sur le fameux vase d’albâtre du cabinet des antiques portant le nom de Xerxès [1]. Ce nom y est écrit à la fois en hiéroglyphes phonétiques et dans les trois espèces de caractères cunéiformes. Un second exemple est fourni par un vase pareil récemment découvert à Venise dans le trésor de Saint-Marc, par sir Gardner Wilkinson [2], portant le nom d'Artaxerxès, écrit également dans une quadruple inscription semblable. Il faut bien que ces deux rois ou les officiers de leur maison fissent un certain cas de l’écriture hiéroglyphique pour en ordonner ou du moins en permettre l’emploi dans de telles circonstances, car ces deux exemples montrent assez que l’usage de ces doubles inscriptions sur les ustensiles n’était pas fort rare.

Quant à savoir quel est cet Artaxercès, la question ne saurait être douteuse d’après ce qui précède. Ce ne peut être qu’Artaxercès Ier ou Longue-Main, puisque le deuxième, n’ayant pas régné en Égypte, a n’a pu avoir dans ce pays de maison royale, et conséquemment posséder des ustensiles portant des hiéroglyphes, car on ne trouvera sans doute pas très vraisemblable qu’Artaxerce Mnémon se servît en Perse d’ustensiles revêtus de son nom hiéroglyphique. Au contraire, l’extrême tolérance d’Artaxercès Ier, qui, ainsi qu’on l’a vu plus haut, rendit le gouvernement du Delta à l’Égyptien Pausiris, le fils du rebelle Amyrtée, explique parfaitement que son nom ait été, comme celui de Xercès, inscrit en hiéroglyphes sur les ustensiles à son usage [3].

Telle est du moins la théorie que je me fais de ces vases curieux. J’avais pensé d’abord qu’ils pouvaient être des étalons de mesure, sur lesquels on mettait la marque du souverain ; mais je crois devoir écarter

  1. Lue pour la première fois par Champollion et Saint-Martin.
  2. Litterary Gazette, no 1444 ; 21 september 1844, p. 610-611.
  3. Un jeune archéologue de grande espérance, M. A. de Longpérier, est arrivé au même résultat par la considération des écritures (Revue archéologique, t. I, p. 444-451).