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et excitait l’enthousiasme dans Lucie et dans Lucrèce Borgia. Le Circo promet, pour le mois d’avril, Ronconi, Salvi, Mme Persiani. C’est M. Salamanca qui est le directeur de ce théâtre, et il l’a monté avec un luxe, une élégance, qui le rendent l’égal des plus belles scènes de l’Europe. El principe est toujours le théâtre le plus littéraire. C’est là que se sont produites les plus célèbres tentatives modernes. Après toutes les richesses du répertoire ancien, il est bien à désirer que les pièces originales remplacent de plus en plus les traductions des œuvres françaises. À Madrid comme à Paris, il y a un peu de lassitude des excès du théâtre moderne. La comédie de mœurs est aujourd’hui en vogue. La comédie de l’Homme du Monde (el Hombre del Mundo), de M. Ventura de la Vega, a eu un réel succès, et elle le mérite à beaucoup d’égards, par la distinction littéraire, par la finesse de quelques observations, par le soin de la forme. L’idée principale de la comédie est la situation morale d’un homme qui connaît le monde, toutes ses ruses, qui a fréquenté la société, et en qui cette malheureuse expérience excite une méfiance continuelle. M. Ventura de la Vega a développé son sujet avec une délicatesse qui fait désirer qu’il se livre plus souvent à ses propres forces, et qu’il tourne toutes ses vues vers la comédie.


— Après avoir consacré six années à parcourir deux pays qui méritent à des titres bien divers de fixer l’attention des hommes politiques, le Caucase et l’empire du Brésil, M. le comte de Suzannet a résumé ses impressions dans un livre qu’il appelle modestement Souvenirs de Voyages[1]. Il ne s’agit point ici en effet d’un simple journal de touriste, mais d’une étude attachante et substantielle, où le voyageur s’efface volontiers devant les questions qu’il rencontre sur sa route et qu’il cherche à éclairer. Ainsi qu’on a pu en juger par certaines parties publiées dans cette Revue même, M. de Suzannet ne se laisse guère éblouir par l’appareil militaire que déploie la Russie dans le Caucase, il démêle parfaitement les dangers et les obstacles qui se cachent sous ces brillans dehors. Il n’est pas plus indulgent pour la jactance brésilienne, et c’est avec une franchise impitoyable qu’il signale tous les abus que le gouvernement de Rio-Janeiro est impuissant à réprimer. Cette sévérité sied bien d’ailleurs à un voyageur qui, comme M. de Suzannet, ne manque jamais de citer les faits à l’appui de ses jugemens.



V. de Mars.
  1. Un vol, in-8°, chez Dentu, rue de Bussy, 17.