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GEORGE.

Loin de moi les ténèbres ! Ne suis-je pas le fils de la lumière et des chants ? Que me voulez-vous ? que désirez-vous de moi ? Je ne me soumettrai pas à vos volontés, quoique ma vue s’en soit allée avec les vents quelque part dans l’immensité des espaces. Mais un jour ma vue reviendra, riche de la lumière sidérale ; un jour mes yeux brilleront de tout l’éclat des rayons du soleil.

LE PARRAIN.

Comme la défunte, il est fou ; il ne sait ce qu’il dit. C’est bien étonnant.

LE MÉDECIN.

Je suis de votre avis, monsieur.

LA NOURRICE.

Sainte Vierge mère de Dieu ! prenez mes yeux et donnez-les-lui.

GEORGE.

O ma mère ! je t’en supplie, envoie-moi maintenant des images et des pensées pour vivre intérieurement, pour me créer en moi un autre monde, un monde pareil à celui que j’ai perdu.

UN PARENT.

Que penses-tu, frère ? Cela exige un conseil de famille.

UN AUTRE PARENT.

Attends, silence.

GEORGE.

Tu ne me réponds rien, ô ma mère ! Ne m’abandonne pas.

LE MÉDECIN, au Comte.

Il est de mon devoir de vous dire toute la vérité.

LE PARRAIN.

C’est un devoir, certainement. Un médecin doit le faire, monsieur le docteur.

LE MÉDECIN.

Votre fils est atteint d’une aliénation mentale. Cette affection, réunie à une excessive sensibilité des nerfs, amène, comme je pourrais vous l’expliquer, un état de rêve et d’hallucination, état semblable à celui que nous rencontrons ici.

LE COMTE, à part.

Mon Dieu ! Et cet homme veut m’expliquer tes lois !

LE MÉDECIN.

Donnez-moi une plume et de l’encre. Cerasis laurei : deux grains, etc.

LE COMTE.

Vous trouverez tout cela dans l’autre appartement. Je supplie tout le monde de sortir.

PLUSIEURS VOIX.

Bonne nuit, à demain. (Tous sortent.)

GEORGE, se réveillant.

Ils me souhaitent une bonne nuit. C’est plutôt une longue nuit, une nuit éternelle, qu’ils devraient dire, et non une bonne nuit, une nuit heureuse.

LE COMTE.

Appuie-toi à mon bras, je te reconduirai à ton lit.

GEORGE.

Mais, mon père, que signifie tout cela ?