Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/1002

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


et le délire, et pour ces belles amazones que j’avais vues dans le défilé des esprits.

O douces visions des nuits qu’effarouche l’aurore, dites, où êtes-vous enfuies ? Dites, où vous cachez-vous pendant le jour ?

Sous les ruines d’un vieux temple, au fond de la Romagne, on dit que Diane se retire pendant le règne diurne du Christ.

Ce n’est que dans les ténèbres de minuit qu’elle se hasarde à sortir et à se livrer au plaisir de la chasse avec ses compagnes réprouvées.

La belle fée Habonde aussi a peur des dévots nazaréens, et elle passe tout le jour dans son sûr asile d’Avalun, l’île fortunée.

Cette île est cachée au loin, dans l’océan pacifique de la fantaisie ; on ne peut y aborder que sur le cheval ailé de la fable.

Jamais le souci n’y a jeté l’ancre, jamais bateau à vapeur n’est venu y jeter sa cargaison de badauds curieux et culottant leurs pipes.

Jamais on n’y entend le triste son des cloches, cet ennuyeux et éternel bimm-boumm que les fées ont tant en horreur.

C’est là qu’au milieu d’une gaieté inaltérable, dans la fleur d’une éternelle jeunesse, réside la fée joyeuse, la blonde dame Habonde,

Et qu’elle se promène en riant à l’ombre des fleurs tropicales, avec un cortège jaseur de paladins qu’elle a ravis au monde.

Mais toi, Hérodiade, où es-tu, dis-moi ? Ah ! je le sais, tu es morte, et ta tombe est à Jérusalem !

Le jour, tu dors, dans ton sépulcre de marbre, l’immobile sommeil des morts ; mais, à minuit, tu te réveilles au bruit du fouet, au chant du cor, aux cris de chasse,

Et tu suis l’ardente cavalcade avec Diane et Habonde, et les joyeux chasseurs qui détestent la croix et la pénitence.

Quelle ravissante société ! Ah ! si je pouvais chasser ainsi avec vous à travers bois durant les nuits ! C’est toujours à tes côtés que je chevaucherais, belle Hérodiade !

Car c’est toi que j’aime surtout ! Plus encore que la superbe déesse de la Grèce, plus encore que la riante fée du Nord, je t’aime, toi la Juive morte !

Oui, je t’aime ! je le sens au tressaillement de mon ame. Aime-moi et sois à moi, belle Hérodiade !

Aime-moi et sois à moi ! Jette au loin ton plat et la tête sanglante du saint qui ne sut pas t’apprécier.

Je suis si bien le chevalier qu’il te faut ! Cela m’est bien égal que tu sois morte et même damnée ! Je n’ai pas de préjugés à cet endroit, moi dont le salut est chose très problématique, moi qui doute par momens de ma propre existence.

Prends-moi pour ton chevalier, pour ton cavalier servant : je porterai ton manteau et je supporterai tous tes caprices.