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LA DERNIÈRE GUERRE MARITIME.

paraît avec sa rade vaste et sûre, dont l’aspect animé fait mieux ressaortir encore la solitude de la rive suédoise, où la petite ville d’Helsinborg, tristement assise au pied d’une colline et sur une plage sans abri contre les vents du nord, n’offre plus aux regards que les ruines pittoresques de son antique tour crénelée. L’île de Hueen, aux falaises blanchâtres, occupe le milieu du canal, qui s’élargit rapidement au-dessous d’Elseneur ; dans le lointain, à 22 milles du château de Kronenbourg, on voit déjà surgir les clochers élevés de la ville de Copenhague et les îles à demi noyées de Saltholm et d’Amack, la première plus rapprochée de la Suède, la seconde unie par deux larges ponts à la capitale du Danemark. Au-delà de ces deux îles, le Sund débouche dans la Baltique.

Près de l’île de Saltholm, la ville de Malmo s’élève sur la côte de. Suède en face de Copenhague. Entre ces villes, distantes l’une de l’autre d’environ 15 milles, l’île de Saitholm a formé deux détroits : l’un qui la sépare de la ville suédoise, l’autre qui se prolonge entre cette île et les plaines verdoyantes de l’île d’Amack, presque contiguë, comme nous venons de le dire, à la ville de Copenhague. Ce second détroit est lui-même divisé en deux passes distinctes par un banc de 3 milles de long, nommé Middle-Grund[1], sur le sommet duquel il ne reste que deux brasses et demie d’eau. Ce sont là les Thermopyles du Danemark. La passe de l’ouest, connue sous le nom de Passe Royale, est comprise entre le port de Copenhague, auquel elle sert de rade extérieure, et le Middel-Grund ; celle de l’est sépare ce même banc de l’île de Saltholm, et porte le nom de Grande Passe. Toutes deux se dirigent du nord au sud et sont praticables pour les plus gros navires. Malheureusement le canal qu’elles forment, en se réunissant au-delà du Middel-Grund, se trouve engorgé à son extrémité par de nombreux bancs de sable, et des vaisseaux de ligne ne sauraient s’y engager avant d’avoir réduit leur tirant d’eau ordinaire[2]. Des courans très vifs, qui suivent en général la direction du vent, contribuent à rendre la navigation de ce chenal incertain plus périlleuse et plus délicate encore. Le Sund est donc le passage le plus direct, le plus naturellement désigné pour les navires de commerce qui se rendent dans la Baltique, comme pour une flotte qui ne voudrait point dépasser Copenhague ; mais il présente aux vaisseaux qui doivent se porter au sud de cette ville un obstacle qu’ils ne sauraient franchir sans les plus laborieux efforts.

Telles étaient les difficultés qui attendaient la flotte placée sous le commandement de sir Hyde Parker. Cette flotte partit de Yarmouth le 12 mars 1801, et le 18 elle reconnut les hautes terres de la Norvége.

  1. Littéralement : banc du milieu.
  2. Ce canal n’a plus, à la hauteur de la pointe méridionale de l’île d’Amack, qu’une profondeur inégale variant subitement de quatre brasses et demie à quatre brasses.