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des croyances et des opinions ne peut être nié, si, en considérant une telle situation, on ne peut méconnaître la nécessité d’un prompt et efficace remède, quel moyen plus sûr trouvera-t-on que d’élever la génération qui commence aujourd’hui à vivre dans des habitudes de religion, de moralité, de travail et d’ordre ? » - Voyez cependant quel chemin nous avons fait ! Nous sommes partis du congrès, où il semble qu’on doive aller chercher la pensée politique de l’Espagne, et nous nous retrouvons dans une escuela de parvulos, où les signes d’un progrès effectif nous apparaissent plus distinctement. Il y a du moins ici quelque chose de vivant et de réel, plus curieux, à quelques égards, que les inexplicables évolutions de la politique officielle.


V.

Peut-être trouvera-t-on que c’est bien long-temps s’arrêter sur ce pénible travail auquel est en proie la société espagnole. Ce qu’il y a de bon, c’est que ces difficultés, si elles sont senties par tout le monde, ne jettent point de reflet sombre sur la vie ordinaire. Il n’est pas de pays où le sang lui-même s’efface plus vite qu’en Espagne. Les complications politiques n’empêchent les Madrilègnes ni de se répandre, par un beau soleil, au Prado, ni d’aller se passionner pour Montès ou le Chiclanero à la Plaza de Toros, près de la porte d’Alcala, lorsque quelque belle corrida doit ajouter un épisode de plus aux annales de la tauromachie, ni de chercher le soir d’autres émotions, bien que moins ardentes, dans les spectacles. Madrid a ainsi ses plaisirs de divers genres. Quant au Prado, j’ai cherché à décrire ce lieu si charmant et si renommé, digne du peuple le plus amoureux d’aventures. Pour les courses de taureaux, qui ont, je ne le nie pas, le don de fouetter singulièrement le sang, elles me paraissent avoir donné lieu à trop de descriptions, à trop de récits fabuleux ; il m’est impossible, au surplus, de voir toute l’Espagne dans une course de taureaux. Les théâtres ont un intérêt plus littéraire ; ils annoncent du moins le développement d’une certaine curiosité d’esprit et d’imagination. Il y a maintenant à Madrid cinq ou six théâtres, — le théâtre de la Cruz, du Principe, du Circo, de l’Instituto, de las Variedades ; ces deux derniers ne sont pas supérieurs aux plus humbles scènes du boulevard, à Paris. La Cruz et le Circo sont des théâtres lyriques où règne la musique italienne, et ceci pour une raison assez plausible, c’est qu’il n’y a point de musique espagnole ; il n’y a point de compositions lyriques qui donnent l’idée d’un art national, et ce serait peut-être un curieux objet d’étude de rechercher pourquoi entre ces deux nations méridionales, — l’Italie et l’Espagne, — l’une a produit tant de richesses musicales et l’autre en est si complètement déshéritée. L’an dernier, cependant, on a joué au Circo un opéra madrilègne, le Diablo predicador, dont la musique était de don Basilio Basili,