Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 19.djvu/555

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raisonnables, — fut couché entre les deux rails du chemin ; une rainure longitudinale, régnant à la partie supérieure, laissait passer la tige verticale, qui transmettait au premier des véhicules le mouvement imprimé par l’air au piston ; un appareil hydraulique fermait, théoriquement parlant, cette rainure, et ne s’ouvrait, pour ainsi dire, qu’à l’endroit même où était la tige. La soupape à eau avait le désavantage évident d’exiger un chemin constamment horizontal, et elle dut être abandonnée ; malgré cette imperfection, c’est à Medhurst que doit revenir tout l’honneur de l’invention du système atmosphérique, c’est lui qui indiqua nettement les conditions indispensables pour qu’il fut possible et le sens dans lequel devaient être dirigées les recherches.

Dès-lors on s’occupa activement des moyens d’obtenir la soupape qui devait seule assurer la réussite du nouveau système. De nombreux essais furent tentés, parmi lesquels nous citerons la soupape à corde que proposa, en 1834, l’ingénieur américain Pinkus ; mais tous furent infructueux, et ce fut seulement en 1838 que MM. Clegg et Samuda, constructeurs à Wormwood-Scrubs, près Londres, parvinrent à résoudre les principales difficultés du problème. La soupape Samuda se compose d’une lanière de cuir, renforcée sur les deux faces par des lames de tôle ; l’un des longs côtés est maintenu par une pièce en fer fixée au tube et fait charnière ; l’autre plonge dans une entaille tracée au bord de la rainure cette entaille est remplie d’un mastic particulier destiné à rendre la fermeture plus complète. La soupape, au passage de la tige directrice, coudée à dessein, ne se lève pas verticalement, mais seulement sous un angle d’environ 45 degrés. Comme elle constitue un organe délicat qui doit être manoeuvré avec ménagement, l’ouverture en est préparée par des galets d’inégal diamètre attachés à la queue du piston. Le poids même de la soupape la fait retomber ; c’est encore grace à des galets que ce mouvement s’effectue sans brusquerie. Enfin une roue, adaptée à l’arrière du wagon-directeur, comprime fortement la soupape et achève de la remettre dans la position qu’elle occupait avant le passage du convoi. L’usage de ce cylindre compresseur est d’ailleurs d’une utilité incontestable’ pour introduire le mastic dans les interstices, qui, s’ils n’étaient bouchés, donneraient issue à l’air.

L’appareil ingénieux que nous venons de décrire fut d’abord essayé en petit à Chaillot, puis au Hâvre, par M. James Bond ; plus tard les inventeurs l’expérimentèrent sur une grande échelle, en Angleterre, dans leurs ateliers. Les chances de succès que ces diverses expériences semblaient attribuer à la soupape Samuda décidèrent M. Pim, trésorier de la compagnie du rail-way de Dublin à Kingstown, à proposer l’application du système atmosphérique sur le chemin de Kingstown à Dalkey. Le gouvernement anglais accorda l’autorisation, mais avec des restrictions qui rendirent très défectueux le tracé de la voie. Ainsi la compagnie, privée du droit d’expropriation, dut emprunter aux entrepreneurs du port de Kingstown la moitié du chemin qui leur sert à amener les beaux granites des carrières de Dalkey. Ces conditions évidemment désavantageuses, jointes à un parcours qui n’atteint pas trois kilomètres, nuisent beaucoup aux appréciations économiques qu’on serait tenté de faire du système atmosphérique en prenant pour exemple le chemin de Kingstown à Dalkey. Ensuite les rampes y sont très faibles, et, sans la possibilité de gravir des rampes escarpées, il n’y aurait, aux yeux de tous les hommes compétens, aucun avantage à abandonner le système