Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 20.djvu/484

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la Somme, l’Oise et la Seine ; aux parvis des églises, dont les larges dalles recouvrent les restes des hauts barons ; aux maisons de ville, où l’on se réunit pour organiser la défense contre les brigands et les pirates, et pour jurer de maintenir la commune contre l’oppression du seigneur. La nation grandit dès-lors avec la race qui la gouverne : jamais identification ne fut plus étroite, et rarement l’élévation d’une dynastie s’est expliquée d’une manière plus naturelle par la puissance de faits nouveaux et par l’influence d’idées nouvelles.

La nationalité française dut se développer sur un petit théâtre, car elle laissa d’abord en dehors d’elle toute la portion des Gaules dans laquelle n’avait pu se consommer aussi complètement que dans l’Ile de France l’union du peuple conquis et de la race conquérante, celle de l’idiome germanique avec l’idiome roman. Entre les bords de la Loire et les rivages de la Méditerranée, l’invasion franque avait à peine pénétré, et les mœurs lui avaient résisté aussi bien que le langage. Il en était de même dans l’ouest, où dominait la race armoricaine, et dans la plus belle des provinces du nord, que les rois eux-mêmes avaient livrée aux enfans de la Norvège pour payer en quelque sorte la rançon du royaume.

A la fin du XIe siècle, la puissance de Philippe le, ne s’exerçait encore que sur l’Ile de France et une partie de l’Orléanais, dans une étendue correspondant à cinq de nos départemens actuels. Les ducs de Normandie et leurs redoutables successeurs les rois d’Angleterre possédaient, dès cette époque, sur le sol français des domaines au moins égaux en étendue. La Bretagne, dans sa pleine indépendance, représentait aussi cinq de nos départemens ; le comté d’Anjou avec le Maine en couvrait plus de trois ; le comté de Flandre en comprenait quatre ; la maison de Champagne, dont une branche occupait le comté de Chartres et celui de Blois, resserrait le royaume à ses deux extrémités, vers la Marne et vers la Loire, dans une ceinture de domaines plus étendus que ceux de la couronne. La Lorraine, la Bourgogne et la Provence relevaient du Saint-Empire ; enfin, au-delà de la Loire, le Poitou, la Guienne, l’Aquitaine et le comté de Toulouse comprenaient plus du tiers de la France. Là, sur un sol plus fertile et sous un plus brillant soleil, vivait une population supérieure, par ses richesses et par son développement intellectuel, à la race rude et pauvre qui guerroyait depuis deux siècles aux bords de la Seine pour défendre ses églises et ses moûtiers, ses villes closes et ses châteaux, contre le pillage des Normands et le brigandage des barons.

C’était sur ce territoire appauvri par la guerre qu’avait été planté par la main du grand Hugues l’arbre à l’ombre duquel tant de peuples d’origine diverse allaient se reposer et se confondre. Les souvenirs de l’antique unité romaine, ceux plus vivans encore de l’empire de Charlemagne,