Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/327

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à remplir un trésor nuit et jour vidé. M. Louis Blanc seul a le privilège de regarder aux étoiles, et, quand il redescend sur la terre, il trouve un auditoire tout prêt pour battre des mains. Il entretient cet auditoire de ses ennemis et de sa santé ; il ne le flatte pas, il lui déclare seulement qu’il l’admire, et il a la modestie de ne pas exiger de retour. Peine perdue ! l’admiration ravit tous ceux qui l’écoutent, et, ses harangues finies, on ne peut jamais s’empêcher de le passer de mains en mains à sa voiture, quand toutefois les épaules populaires n’ont pas le bonheur de le porter en triomphe.

On a fait assez généralement justice des belles choses qui se débitent en si grande solennité ; les ouvriers eux-mêmes n’ont pas la moindre sympathie pour l’égalité des salaires, et le poteau de pénitence leur a semblé d’un très médiocre effet, parce que la plupart ont depuis long-temps quitté l’école mutuelle. Quant à l’établissement d’une consommation proportionnelle au besoin, nous réservons notre avis en toute humilité, jusqu’au temps où M. Louis Blanc, après avoir définitivement fixé la valeur, voudra bien fixer aussi l’étalon du besoin. Voilà pour sûr un nouveau problème, et comment le résoudre ? N’y aura-t-il pas toujours des hommes qui paraîtront des gloutons tant que l’autopsie n’aura pas prouvé la légitimité de leur appétit ? Ces belles choses ont cependant leur effet sérieux, leur part regrettable dans les mesures du gouvernement provisoire. Si nous ne supposions M. Louis Blanc trop au-dessus de la critique pour se soucier de ses contradicteurs, nous croirions qu’on n’a pas eu l’intention de lui être désagréable en supprimant le seul enseignement public qui pût faire concurrence au sien, et certes une concurrence sérieuse. Ce n’est pas d’ailleurs l’unique endroit par où la réforme du Collège de France pourrait être attaquée ; nous le disons, puisque l’occasion s’en présente, il y a dans l’organisation nouvelle de cette école, greffée sur une autre, quelque chose à la fois de vulgaire et de bizarre, de pompeux et d’étriqué, qui n’a charmé personne. Nous sentons bien pourtant que ce n’est point à nous de nous plaindre avec l’amertume que de plus indifférens y mettraient ; cieux de nos amis et de nos plus éminens collaborateurs ont été trop durement atteints par cette singulière opération pour que nous ne laissions point à d’autres le soin de blâmer la mesure qui les a frappés.

Revenons cependant à l’autorité effective de M. Louis Blanc. Nous la trouvons encore trop visiblement dans le décret qui sanctionne par une pénalité la violation du règlement relatif aux heures de travail ; nous la trouvons surtout dans le programme qui termine la seconde circulaire de M. Ledru-Rollin. Qu’est-ce en effet que ce programme de constitution signifié de Paris à tous les candidats de France comme un mandat impératif ? N’est-ce pas un résumé catégorique du catéchisme social de M. Louis Blanc ? La seconde circulaire de M. Ledru-Rollin a encore moins réussi que la première. Cela tient évidemment à la fidélité scrupuleuse avec laquelle le ministre de l’intérieur a transcrit sur son manifeste électoral les dogmes favoris de l’église socialiste. Hors de l’église, point de salut ! C’est la devise de tous les sectaires ; il y en a plus d’un parmi les commissaires du gouvernement. Seulement, quand on entend dans les provinces que, pour ne pas être « un député tiède et dangereux, » il faut vouloir « la reconstitution démocratique de l’industrie et du crédit, » comme on ne comprend pas bien tout de suite, on interroge les échos du Luxembourg, et, comme