Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/64

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les bons du trésor sans contracter de nouveaux emprunts, et de nouveaux emprunts sont impossibles sous les mêmes formes qu’autrefois. Le gouvernement déchu ne marchait pas pour cela, quoi qu’on en dise, à la banqueroute ; il avait pour se soutenir ce que celui-ci n’a pas, la confiance. Les caisses d’épargne, dont les fonds étaient placés la plupart en rentes sur l’état, avaient conservé un encaisse suffisant pour parer aux demandes raisonnables et ordinaires de remboursement, et, quant aux bons du trésor, le paiement en était assuré par les versemens de l’emprunt, les remboursemens des compagnies de chemins de fer, et surtout par le mouvement naturel des renouvellemens, cette sorte de placement étant très recherchée par les capitaux flottans.

L’avènement de la république a tout changé. Les caisses d’épargne ont été assaillies de demandes extraordinaires de remboursement qu’elles n’ont pas pu satisfaire, les versemens de l’emprunt se sont arrêtés, les remboursemens des compagnies de chemins de fer sont devenus douteux, les capitaux flottans ont cessé d’affluer au trésor. Le gouvernement nouveau a pris des mesures devenues nécessaires en proposant à ses créanciers, à défaut de remboursement, une élévation du taux de l’intérêt, une prorogation de paiement, et enfin une transformation de leurs créances en titres de la dette fondée ; mais ces mesures sont loin d’être suffisantes, surtout pour les porteurs de bons du trésor. Ceux-ci avaient tous, ou presque tous, besoin de leur argent à l’échéance pour satisfaire à des engagemens antérieurs ; dans la nécessité où ils se trouvent de réaliser à tout prix, ils portent leurs titres à la Bourse, et ne peuvent jusqu’ici les vendre qu’avec une perte de 30 à 40 pour 100. Cette perte menace même de s’accroître de jour en jour, car le mois d’avril qui va commencer était très chargé d’échéances, et une masse énorme de bons du trésor va se porter à la fois sur le marché. Non-seulement l’impossibilité de les écouler sera une cause effrayante de ruine pour les porteurs, mais l’ensemble des valeurs publiques s’en ressentira, et la baisse continuera d’être générale.

Parmi les moyens qui ont été proposés pour porter remède à cette horrible crise, il en est un qui a déjà été recommandé dans d’autres temps par des publicistes sérieux, et qui me paraît en effet le seul efficace : c’est la création de titres de rente au porteur circulant au pair comme monnaie légale, et échangés par l’état, au fur et à mesure des échéances et des demandes de remboursement, contre les titres de la dette flottante. Cette proposition, renouvelée par un journal avec une extrême insistance, a fait crier à l’assignat ; une telle assimilation est souverainement fausse et injuste. Il ne s’agit pas ici de créer une dette nouvelle, mais de transformer le moins possible celle qui existe, de conserver à la dette flottante son caractère d’exigibilité, sans cependant contraindre l’état à l’impossible. Hier, le porteur d’un livret de