Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/829

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poétiques recueillies en Italie et en Grèce, et dans lesquelles s’exhale un noble amour de l’art. Celui qui devait un jour travailler si follement à je ne sais quelle restauration du moyen-âge ne craignit pas alors d’exprimer ses sympathies pour cette belle antiquité dont le libre et fier génie sera l’éternelle nourriture des ames fortes. J’y trouve quelques accens virils inspirés par les ruines de la Grèce. En présence des temples détruits, sur les débris d’une civilisation amoureuse de la beauté, le poète s’écrie avec une tristesse sentie :


« Ah ! la demeure du beau est détruite. Le pays des Hellènes n’est plus que ruines et décombres. Jamais nous ne le verrons plus, ce magnifique monde de l’art ; jamais le chœur des sages ne recommencera son enseignement ; les enfans de la Grèce sont depuis long-temps courbés sous le joug, et ces chants du poète, ces chants sortis des entrailles de l’homme, c’est en vain que l’oreille attentive et inquiète cherche à les saisir encore. »


Puis, après ces plaintes, exprimées souvent en de nobles vers, il fait entendre un généreux appel aux artistes, et cherche à enflammer leur courage. Pourquoi tant de soupirs ? pourquoi d’inutiles regrets ? Demandons à ces ruines le secret de la divine beauté qui les décorait jadis. C’est à la nature, c’est aux sources fécondes du sentiment que ces immortels artistes ont dû toutes leurs merveilles ; nous aussi, tâchons de sentir comme eux, ouvrons nos cœurs aux impressions fécondes de ce magnifique univers, et ce qu’ils ont fait, nous pourrons le faire à notre tour ; le prix appartiendra au plus vaillant d’entre nous. Ces pensées n’ont rien de très neuf, mais elles sont exprimées avec une émotion vraie, et, depuis que le roi Louis a manifesté tant d’opinions si différentes, ces vers, datés de 1808, ont acquis une piquante valeur dont le poète ne se doutait pas.

Que faire en 1808, lorsque Napoléon commandait à l’Europe et que le roi de Bavière était un de nos plus fidèles alliés ? Servir dans les armées de la France ou se réfugier dans l’étude. Le jeune prince prit bientôt ce dernier parti, et cette époque, en effet, serait son plus sérieux titre à l’estime de tous, si son amour de l’Allemagne n’avait dégénéré plus tard en une sotte haine de la liberté. L’étude de l’art et de courageux appels à l’Allemagne, voilà ce qui remplit les poésies du roi Louis de 1805 à 1813. Il faut citer au premier rang les Élégies italiennes, et je distingue surtout d’assez belles pièces sur Tivoli, sur la Via Appia, sur la campagne de Rome. Ce qu’il y a de piquant, c’est que le poète, au milieu de ses réflexions attristées par le spectacle des ruines, ne songe pas une seule fois à célébrer la seconde période de la puissance de Rome, la croix remplaçant le glaive, le catholicisme succédant à l’empire. On ne reconnaît guère dans ces franches inspirations d’un jeune cœur ce ridicule romantisme, ce faux amour du moyen âge