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qu’une agitation factice entretenue par les clubs. . . Voulez-vous me faire violence ? Eh bien ! soit ; vous verrez si je plie. Ce n’est pas pour moi que je parle de la sorte ; je n’ai plus que bien peu d’années à vivre ; la conduite que je tiens, c’est mon pays, c’est ma maison, c’est ma famille qui m’en font un devoir. » Et comme les députés insistaient sur le danger imminent de la révolution : « Arrive que pourra. J’ai parlé selon ma conscience. » Enfin, dans la nuit du 23, comme tout se préparait pour une lutte sanglante, le roi s’enfuit de Stuttgart et se réfugia à Ludwigsbourg.Cette nouvelle, annoncée à la chambre par le président, y causa une agitation extraordinaire. La gauche proposa de créer un gouvernement provisoire, et un comité de salut public en effet fut nommé et installé sur-le-champ. Les radicaux eussent pu tirer de grands avantages d’une lutte aussi violemment engagée, si le ministère Roemer n’avait réussi à faire céder le roi. Une proclamation, en date du 25 avril, annonça au Wurtemberg et à l’Allemagne que le roi, d’accord avec ses ministres, reconnaissait la constitution, et se résignait, le cas échéant, à voir le sceptre de l’Allemagne aux mains de Frédéric-Guillaume IV.

Ce triomphe de l’agitation dans le Wurtemberg multiplia les factieux par toute l’Allemagne. À Munich, à Nüremberg, à Wurzbourg, des associations révolutionnaires se formaient, et des pétitions hautaines étaient adressées au roi Maximilien II. Sur toute la ligne du Rhin, à Mannhein, à Heidelberg, à Darmstadt, à Haynau, à Mayence, à Francfort même, on se préparait à marcher contre Ludwigsbourg, si le roi ne se fût rendu aux conseils de M. Roemer. La constitution de Francfort était devenue le drapeau des insurgés. Cette charte qu’on aurait déchirée, le lendemain de la victoire servait, selon l’usage, à soulever les masses aveugles, et les patriotes sincères, les libéraux intelligens, les vrais et dévoué défenseurs du progrès, se laissaient prendre, comme toujours, à ces manifestations hypocrites. D’un autre côté, le dégoût des révolutionnaires évoquait partout les conseillers absolutistes dont l’Allemagne se croyait délivrée. Les coups d’état répondaient aux émeutes. Ce n’est pas seulement à Berlin, c’est dans le Hanovre la Saxe que les chambres furent dissoutes et la représentation nationale indéfiniment ajournée. Ainsi, le nord de l’Allemagne était soumis ; l’Autriche dominait le sud-est ; restait encore une partie du centre et tout le sud-ouest, où affluaient les élémens démagogiques. Cette situation de Francfort était vraiment terrible ; placé au sein de ce foyer ardent, obligé peut-être d’y chercher des auxiliaires contre le mauvais vouloir des cours du Nord et les menaces de l’Autriche, le parlement semblait condamné par ses propres fautes à ne plus écouter que les conseils du désespoir.