Page:Revue des Deux Mondes - 1849 - tome 4.djvu/145

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Les noms de MM. Tzschirner et Heubner furent salués par des hourras enthousiastes ; celui de M. Todlt fut moins bien accueilli ; aux tumultueux bravos se mêlaient distinctement des sifflets énergiques. Il parait que M. Todt représentait une sorte de modération relative dans ce glorieux triumvirat. Le premier soin des triumvirs fut de prolonger la lutte, de s’opposer à toute espèce d’accommodement et d’enchaîner dans les rangs de l’insurrection les patriotes consternés, les patriotes consternés, dont les yeux s’ouvraient enfin à la lumière. Les murs étaient couverts de proclamations de mélodrame : « Citoyens, la patrie est en péril !…, citoyens, la grande heure, l’heure décisive a sonné ! liberté ou esclavage, c’est à vous de choisir ! nous sommes avec vous ; soyez avec nous ! » MM. Tzschirner, Heubner et Todt étaient tout heureux de signer ces belles choses et beaucoup d’autres du même genre. Parler ne suffisait pas, il fallait agir ; on désarmait donc les gardes nationaux qui n’avaient pas pris le parti de l’émeute, et déjà on levait des contributions sur les riches pour équiper des régimens de volontaires. Interrompue le 5, la bataille des rues recommença dès la matinée du 6. En ce moment-là même, Leipzig se révoltait, les barricades s’élevaient de tous côtés, et la fusillade ensanglantait la ville. Là du moins, la garde nationale sut tenir tête à l’émeute ; c’est elle qui, assistée de la troupe, enleva à la baïonnette les plus fortes positions de l’ennemi et resta maîtresse de la cité. Cependant on se battait toujours à Dresde, et sans les régimens prussiens qui venaient d’heure en heure fortifier les troupes saxonnes, il est probable que le drapeau rouge eût triomphé. On ne s’en cachait plus en effet ; c’était bien pour le drapeau rouge que se battaient les insurgés de Dresde, c’était pour la république sanglante, pour la république des pillards et des assassins que les triumvirs mettaient à feu et à sang la capitale de la Saxe. La lutte fut effroyable. Il faut nous rappeler nos journées de juin, si nous voulons nous représenter les horreurs de cette mêlée. Le mot d’émeute ne convient pas ici ; la démagogie livrait sa grande bataille, et si elle eût été victorieuse à Dresde, c’en était fait peut-être de la monarchie constitutionnelle dans tout le nord de l’Allemagne. Les révolutionnaires du midi sont des révolutionnaires romantiques, les républicains de Bade et du Palatinat sont des étudians avinés qui parodient volontiers les Brigands de Schiller ; les radicaux du nord ne s’inspirent pas des poètes, ils s’inspirent de la jeune école hégélienne et de son abominable athéisme. Jamais de plus sauvages théories n’ont épouvanté le monde ; jamais les brutales ardeurs de toutes les concupiscences n’ont été plus impudemment glorifiées. Il y a un homme qui a raillé l’innocence de M. Proudhon, un homme qui a maudit comme une tyrannie oppressive cette religion de l’humanisme qui est la négation de toute idée religieuse, un homme enfin dont la philosophie très savamment construite