Page:Revue des Deux Mondes - 1850 - tome 5.djvu/988

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témoignages de bienveillance, des classes entières, quand il est si urgent d accoutumer le grand nombre à la pratique d’une vertu qui est un des attributs distinctifs de l’homme libre et la sauvegarde de l’ordre social ? Considérez, si vous le voulez, comme des sommes dépensées pour l’éducation publique, ces subventions fort modiques après tout [1] ; qu’y trouverez-vous alors à redire ?

La commission termine son examen par les hospices. Elle serait d’avis que, pour en rendre l’usage moins pénible aux classes pauvres, qui s’en trouvent humiliées, on employât, dans certains cas, les nouvelles ressources dont on disposerait, en secours distribués à domicile, quand il s’agirait de maux temporaires, en petites pensions de plus longue durée, quand les infirmités seraient incurables. Elle pense pourtant qu’à cet égard une solution définitive ne peut être adoptée « avant beaucoup de discussions et d’expériences. » C’est que les soins en cas de maladie, sont plus intelligens à l’hospice que dans la famille du pauvre, où tout art manque, où l’aérage et le chauffage sont imparfaits, et la même somme dépensée dans un établissement commun produit une glus grande étendue de bien.

Je crois avoir maintenant analysé fidèlement et discuté avec toute l’impartialité qui est en mon pouvoir le programme de la commission. Pour le qualifier d’un mot, il est négatif. Des dispositions positives de quelque efficacité, on les y chercherait en vain. Ce qu’elle recommande au sujet des chômages serait de la plus médiocre vertu ; les chapitres sur la colonisation sur les logemens, sur les caisses de secours et sur presque tous les autres sujets pratiqués, sembleraient attester même qu’elle ne s’est pas livrée à une étude approfondie des moyens organiques à faire intervenir. Sa préoccupation principale, exclusive, aura été d’avertir les ouvriers, le public tout entier, de la périlleuse voie où certaines doctrines entraînaient l’opinion. Elle se sera dit : Le plus grand service que nous ayons à rendre à la France est d’écarter ce mauvais vent qui souffle sur le pays. Pour nous abriter contre ce torrent d’innovations malfaisantes, opposons-nous à toute innovation. La négation est ainsi devenue pour elle une idée systématique. Quelqu’un disait après avoir lu ce rapport : « Nous sommes heureux de posséder les hospices, car s’ils n’existaient pas, et qu’on les eût proposés à ce moment, la commission eût trouvé des raisonnemens sans réplique pour démontrer qu’ils sont impossibles. »

Cette situation d’esprit n’est pas politique : Ce n’est pas que l’enseignement ainsi donné au public par la commission ne soit opportun et ne doive rester. La morale de cet enseignement, c’est, en effet, qu’il

  1. Il s’agit d’une somme de 25 francs par souscripteur qui serait acquise seulement aux cent mille premiers, sous la condition d’un versement de 15 fr. au moins par an répété pendant cinq ans : c’est en tout 2,500,000 francs.