Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/249

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rentra bientôt dans l’obéissance, sauf les cercles de Philippeville et de Bougie, où, du reste, les hostilités n’avaient pas été interrompues un moment depuis la prise de possession ; mais c’était dans la Mitidja que tout l’effort de nos armes devenait nécessaire. Nos postes mal gardés avaient été assaillis à l’improviste, nos convois enlevés, nos fermes ravagées et nos colons assassinés. Lorsque nous nous vîmes en mesure de repousser ces assaillans, l’incendie et la dévastation avaient déjà désolé la plaine. Il nous fallut d’abord fortifier nos postes et ravitailler nos places : nous dûmes employer des colonnes entières à escorter nos convois, car les maraudeurs, abrités derrière chaque pli de terrain, embusqués sous chaque broussaille, tombaient sur nos détachemens isolés et les poursuivaient jusqu’aux portes d’Alger.

C’est ainsi que nos troupes se trouvèrent occupées jusqu’au printenmps e 1840. Un renfort de six mille hommes était venu de France avec le duc d’Orléans. La prise de possession de Médéah et de Milianah étant résolue, un corps d’opération de neuf mille hommes, composé de deux divisions, fut assemblé à cet effet et s’ébranla aussitôt vers le col de Mouzaïa Avant d’y arriver, il fallut guerriller pendant dix-huit jours consécutifs pour débarrasser les abords du bassin de la Mitidja des nuées de Kabyles et d’Arabes qui semblaient s’y être donné rendez vous de toutes les parties de la province. Depuis Cherchell, où nous fûmes obligés d’aller dégager le ’commandant Cavaignac, qui s’y défendait héroïquement depuis six jours avec une poignée d’hommes, jusqu’à Blidah, ce ne fut qu’un long engagement à travers la forêt de Kharésas, les vallons de l’Oued-Ger et de Bourroumi, sur les berges escarpées de l’Oued-Nador et de l’Oued-el-Hachem, que les ennemis défendirent avec acharnement et où ils semblaient se multiplier. C’est là que nous rencontrâmes Sidi-Embareck, le plus habile et le plus intrépide khalifat de l’émir, venu de la riche et populeuse vallée du Chéliff avec tous ses contingens de la plaine et de la montagne. Enfin, le 12 mai 1840, nous étions devant le formidable défilé de Mouzaïa, où nous avions déjà deux fois inutilement planté notre drapeau. Lorsqu’on arrive devant cette immense fissure de l’Atlas, on voit devant soi, à travers les crêtes confuses des rochers et les contours infinis de la montée, un piton escarpé, entouré lui-même de roches plus élevées, et qui commande l’issue du passage vers le sud, comme l’indique assez l’éclaircie que le sommet de la montagne laisse sur ce point. La route, construite par le maréchal Clausel en 1836, au lieu de se diriger droit sur ce piton, lui tourne au contraire le dos jusqu’à ce que, arrivée au tiers de la hauteur, elle revient brusquement vers le col par le versant occidental de la montagne elle est dominée à gauche par des crêtes fort difficiles qui se rattachent. Au piton ; elle rencontre à droite un ravin profond qui descend du, col, et dont la berge occidentale est presque inaccessible.