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céder ou résister ? Fallait-il livrer la révolution avec la charte, ou les défendre l’une et l’autre ? Qui l’attaquait ? qui était sur la défense ?

Les ordonnances de juillet violaient ouvertement la charte dans ses prescriptions les plus substantielles, par exemple, celle de la nécessité du vote des lois par le parlement ; elles abrogeaient des lois votées par le parlement, sanctionnées par la couronné et en cours d’exécution, et elles portaient des lois nouvelles sans l’intervention du parlement on n’était donc pas tenu d’obéir à ces ordonnances. La résistance n’était pas seulement légitime, elle était légale, en vertu de l’article de la charte qui en confiait la défense à tous les citoyens.

Ainsi la nation avait le droit de résister, à des ordonnances violatrices de la charte ; si cette résistance était combattue par la force, la nation avait le droit de la maintenir par la force aussi, et, l’épée une fois tirée, de ne la remettre dans le fourreau qu’après la victoire de la loi ; enfin, si le roi s’obstinait à poursuivre sa coupable entreprise, la nation avait le droit de mettre un terme à cette entreprise ; en écartant le roi, comme l’Angleterre l’avait fait en 1688.

Oui, la nation avait pleinement tous ces droits, mais a-t-elle bien fait d’en user ? N’eût-il pas été possible de soumettre le roi Charles X sans le détrôner, de réviser la charte, d’abolir l’article 14, qui avait servi de prétexte aux ordonnances, celui d’une religion d’état qui rompait l’égalité religieuse, d’abaisser le cens électoral et de fortifier, par là le gouvernement représentatif en y intéressant un plus grand nombre de citoyens, en un mot, de faire la révolution de 1830 sans changer la dynastie ? Ce fut alors mon avis ; je l’exprimai et le soutins dans les conseils de l’opposition. Plusieurs hommes éminens le partagèrent. Cet avis fut énergiquement combattu par mes plus chers amis, je l’avoue. J’avoue aussi qu’il y avait au plan que je proposais un obstacle, presque insurmontable : cet obstacle était le roi Charles. X, dont l’aveuglement et l’obstination ne cédèrent que lorsqu’il était trop tard. Et il faut que la révolution de 1830 ait été bien légitimé et bien nécessaire, puisqu’en l’apprenant, l’Europe, qu’elle menaçait, n’osa pas la blâmer et condamna le roi Charles X ! Un honnête homme couronné, le vieux roi de Prusse, dit ces mots : « Je n’aurais peut-être pas donné la charte ; mais, si je l’avais donnée, je l’aurais observée. » L’Angleterre applaudit à la victoire d’une cause qui était la sienne, et le ministère conservateur du duc de Wellington reconnut immédiatement le gouvernement nouveau.

La France n’a donc pas eu tort en 1830. A-t-elle eu tort en 1848 ?

Ici je suis tenté de m’arrêter devant le malheur et l’exil, devant une tombe auguste à peine fermée. O maison d’Orléans, maison illustre et infortunée, je briserais à jamais ma plume plutôt que de la tourner