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nous occuper ici, est assurément la plus importante. Sur aucun autre point du Sahara algérien, les oasis ne sont aussi multipliées, aussi fertiles. À défaut de ses riches cultures, cette partie du Sahara a d’ailleurs des titres imprescriptibles à l’attention de la France : elle a été en 1849 le théâtre d’un épisode mémorable, et qui a eu trop peu de retentissement à cette époque dans notre pays encore mal remis des agitations révolutionnaires. Il appartient peut-être à un soldat du siège de Zaatcha de donner aujourd’hui sur cette grande action de guerre des renseignemens, des souvenirs qui jetteront quelque lumière sur un pays trop peu connu, sur une lutte trop oubliée, malgré les horizons nouveaux qu’elle semblait ouvrir à la domination française en Afrique.


I

Trois passages conduisent du Tell de la province de Constantine dans le Sahara A l’est, c’est le défilé de Ghrzela ; à l’ouest, celui de Mgaous ; — entre les deux, celui d’El-Kantara Ce dernier passage est le plus direct, c’est celui que nos troupes suivent de préférence quand elles ont à opérer dans le désert. Le nom d’El-Kantara (le pont) lui vient d’un pont romain jeté sur un torrent à l’endroit où, à quelques journées de Constantine, la route des oasis s’engage et se resserre entre des masses de rochers d’un effet imposant ; encore rehaussé par les teintes ardentes du ciel d’Afrique. En sortant de ce défilé, on a devant soi un ravin dont le fond disparaît sous les cimes des premiers palmiers qu’on rencontre dans la direction du désert, et, au milieu de ces palmiers, le gros village d’El-Kantara, important comme position militaire. D’El-Kantara une journée de marche à travers un pays très accidenté et couvert de ruines romaines vous conduit à la petite ville d’El-Outaya, que la guerre a privée de son antique forêt de palmiers. Enfin, en une dernière journée, si l’on n’est pas trop contrarié par le vent du désert on peut gagner une des plus importantes de nos positions militaires, l’oasis de Biskara, qui comprend la ville du même nom, chef-lieu d’un cercle d’oasis appelées Ziban dans le langage saharien. On est alors sur les connus du Sahara. Au sortir de Biskara, on entre dans le pays des Ziban (pluriel du mot zab, qui signifie réunion d’oasis). Les Ziban forment trois groupes principaux le zab Daharaoui, ou du nord ; le zab Guebli, ou du sud ; le zab Cherki, ou de l’est.

C’est au milieu de ces groupes d’oasis que s’engagea, en 1849, la colonne expéditionnaire appelée à réprimer l’insurrection des tribus sahariennes ; mais, avant de suivre nos soldats dans les hasards de cette longue et pénible campagne, il y a quelques événemens qu’il est bon