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Turcs laissa une faible garnison à Biskara, en maintenant, Ben-Ganah [1], dont le dévouement ne pouvait nous être suspect, dans toutes les prérogatives de son ancien commandement.

Cependant, après le départ des forces qui étaient venues mettre l’ordre dans les Ziban et y établir notre domination, Bel-Adj, qui entretenait toujours des relations avec le pays, revint à Biskara par le conseil des habitans eux-mêmes, et fit massacrer dans une nuit la petite garnison française. M. le duc d’Aumale fut bientôt de retour à Biskara, prit cette fois des étages, envoya les principaux meneurs du complot prisonniers à Toulon, et confisquai leurs biens. Il fit augmenter les fortifications de la Casbah pour y installer une garnison respectable, et nomma commandant supérieur un officier de choix, le commandant Thomas, avec la mission de surveiller tous les Ziban. Après l’installation du nouveau chef, le pays recouvra un peu de tranquillité, et on n’y eût pu découvrir aucun germe de révolte, lorsque la révolution de février vint donner de fausses espérances à ces populations soumises, mais non vaincues.

Personne n’ignore que la révolution de février a eu un contre-coup déplorable dans toute l’Algérie, et qui devait se faire sentir plus particulièrement dans les Ziban. Grand nombre de gens de ce pays émigrent à Alger, où ils sont connus sous le nom de Biskri. Ils font tous un métier, surtout celui de portefaix, amassent un petit pécule, et reviennent au pays acheter un jardin. Plusieurs ne font qu’aller et venir pour faire le commerce des dattes. Ils furent témoins des désordres politiques dont Alger offrait alors le triste spectacle. Chacun entendait dire que les Français, depuis le départ de leur sultan, étaient divisés, que nous allions avoir la guerre avec toute l’Europe, et que déjà l’Angleterre nous fermait la mer avec ses vaisseaux. Ils voyaient une partie de l’armée abandonner l’Afrique, rentrer en France sans être remplacée par de nouvelles troupes. L’espoir de nous chasser un jour, espoir qui semblait éteint dans le cœur des musulmans, se réveilla ; les hommes des Ziban retournèrent dans leur pays ; y portèrent la bonne ; nouvelle, et ne manquèrent pas de l’exagérer dans le sens de leur fanatisme satisfait.

C’est alors que l’ex-bey de Constantine, qui s’était retiré du côté de la frontière de Tunis, crut le moment favorable pour tenter de nouveau la fortune des combats. Il avait su se créer de nombreux partisans dans le pays montagneux de l’Aurès comme dans les oasis, et la disposition générale des esprits lui donnait quelques chances de succès. Heureusement pour nous, le colonel Canrobert commandait dans ce

  1. C’est le même chef qui, en 1840, prit trois drapeaux, deux canons et cinq cents fusils à un lieutenant d’Abd-el-Kader, et coupa cinq cents têtes, dont il envoya les cinq cents oreilles droites au général Galbois.