Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/894

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pas sans cela de place indépendante dans la vie ; c’est l’intérêt de la communauté, car il importe au bien-être général et aux progrès des arts que tous s’acquittent de leur tâche le mieux possible. Comment parviendrons-nous à mettre l’instruction industrielle en parfaite harmonie avec ces principes ? Comment faut-il organiser l’enseignement professionnel pour le peuple de façon à venir en aide à l’instruction primaire et à en féconder la pensée ?

Il ne s’est encore produit sur cette importante question aucune idée large et systématique qui pût embrasser la vie populaire tout entière ; mais on a mis en avant quelques moyens partiels qu’il n’est pas inutile de mentionner. Ainsi, avant que nos écoles nationales d’arts et métiers aient été en butte aux attaques inattendues qui les ont naguère assaillies, on avait parlé d’en créer de nouvelles, en vue de développer l’enseignement relatif à l’industrie. Ce n’était pas là résoudre le problème. Quand on en eût doublé ou triplé le nombre, ces établissemens n’eussent toujours été abordables qu’à une très faible minorité de la population laborieuse. Les écoles d’arts et métiers ont d’ailleurs au rôle particulier, et, dans l’état actuel de la fabrication nationale, il n’est pas nécessaire, pour l’accomplir, qu’elles soient plus nombreuses qu’aujourd’hui. Très propres à seconder le développement de l’instruction industrielle, elles ne sont pas cependant un patron sur lequel toutes les autres institutions doivent être modelées. Dans le désir d’attirer les esprits vers une éducation technique et d’agir sur les volontés, d’autres personnes auraient voulu que le gouvernement instituât pour les arts et métiers des diplômes d’ingénieurs, qui auraient été délivrés après l’accomplissement de certaines conditions. Le Conservatoire national de la rue Saint-Martin aurait été chargé d’examiner les candidats. Qu’on nous permette de le dire, c’était vouloir commencer l’édifice par le toit. Les diplômes supposaient une hiérarchie d’écoles industrielles primaires et secondaires qui n’existent point ; on aurait été, dans tous les cas, entraîné beaucoup plus loin qu’on ne l’avait prévu. Un dernier projet, qui n’atteint pas mieux le but, s’est fait jour sur cette matière il consiste à annexer aux lycées et collèges, en dehors des études littéraires, un enseignement spécial, qui préparerait un certain nombre de jeunes gens aux carrières industrielles. Ce projet est aujourd’hui en cours d’exécution. Avant d’exprimer notre opinion sur cette tentative dans ses rapports avec l’enseignement professionnel, nous aurions volontiers attendu que l’épreuve eût été plus prolongée ; mais on a déjà essayé d’en prôner les résultats. Des éloges aussi prématurés légitiment quelques observations impartiales : l’institution fût-elle susceptible de produire tout le bien que certaines personnes ont cru pouvoir en attendre, il est évident d’abord qu’elle ne comblerait pas les lacunes signalées dans notre régime d’instruction