Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 9.djvu/211

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C’est jour par jour qu’il faut noter les incidens d’une campagne. Le 10 décembre, nous poursuivions les Hongrois près de Prellenkirchen, et le 11 le général Zeisberg m’envoyait, avec le capitaine baron Freyberg, reconnaître les chemins qui débouchent dans la plaine voisine de Haimburg ; le temps était superbe, un soleil radieux se levait à l’horizon. Lorsque nous fûmes arrivés à Berg, nous montâmes sur la hauteur où se trouve le cimetière, et, la carte à la main, nous cherchâmes à nous orienter. On voyait dans les prés, autour de Kitsee, des bataillons de Hongrois qui faisaient l’exercice ; des pelotons de cavalerie couraient au galop sur la plaine ; là comme partout, l’ennemi déployait une grande activité ; mais il ne fallait que compter nos bataillons pour rester convaincu que l’armée hongroise allait être écrasée et la révolte étouffée. Le prince Windischgraetz allait entrer en Hongrie avec cinquante mille hommes et deux cents pièces de canon ; le général comte Schlick avait déjà quitté Dukla sur la frontière de Pologne et s’avançait avec son corps d’armée ; le général comte Nugent allait opérer au nord de la Drave avec seize mille hommes ; les Serbes occupaient le banat de Temeswar ; le général Puchner gardait la Transylvanie avec huit mille hommes, et nous avions huit mille hommes aussi dans les forteresses d’Arad et de Temeswar. Qu’est-ce que les Hongrois pouvaient nous opposer ? Trente mille hommes réunis à la frontière sous les ordres de Georgey et douze mille hommes commandés par Perczel au sud, sur la Drave ; enfin quelques faibles corps de milices et de levées faites à la hâte, disséminées au nord de la Hongrie pour arrêter le général Schlick, et au sud, sur la Maros, pour contenir les Serbes. Nos forces réunies se montaient à cent vingt mille hommes, et l’issue de la guerre ne paraissait pas douteuse.

Nous restâmes quatre jours à Haimburg ; il faisait un temps superbe, et nous passions les soirées sur la terrasse du château, d’où l’on avait une vue admirable sur le cours du Danube et les plaines de la rive gauche ; l’on apercevait à l’horizon les hautes tours blanches du vieux château royal de Presbourg, éclairées par les rayons de la lune. Le 15 décembre, le ban et tout son état-major quittèrent Haimburg, et nous retournâmes à Bruck, sur la Leitha, où le premier corps d’armée était réuni. Trente mille Hongrois, sous les ordres de Georgey, gardaient la frontière, et il était probable que la journée du 16 ne se passerait pas sans combat. La ligne de défense des Hongrois était beaucoup trop étendue. Au lieu de concentrer leurs forces sur un seul point pour tomber avec avantage sur nos colonnes au moment où celles-ci allaient déboucher sur la rive droite de la Leitha, ils avaient éparpillé leurs forces sur toute cette ligne. Appuyant leur droite au Danube et leur gauche au lac de Neusiedl, ils occupaient la ville de Presbourg et les villages de Kitsee, Neudorf et Pahrendorf. Il eût été facile de les couper