Page:Revue des Deux Mondes - 1853 - tome 2.djvu/639

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assez considérable a eu lieu dans les villes principales, à La Haye, à Rotterdam, à Amsterdam, A Utrecht, et dans les campagnes. Le chiffre des pétitionnaires s’élève, dit-on, à deux cent mille. Enfin les chambres réunies de nouveau après les vacances de Pâques se sont fait l’organe de l’émotion publique, sur des interpellations adressées du cabinet par M. Van Doorn, député d’Utrecht.

Disons tout de suite le côté vulnérable de la mesure appliquée par le saint-siège à la Hollande. Ce n’est point le principe même du rétablissement de la hiérarchie catholique qui est mis en question ; ce principe est dans la constitution, qui sanctionne la liberté religieuse. Il n’y a que les ullra-protestans qui l’attaquent, et qui eussent préféré le, maintien indéfini des conditions dans lesquelles se trouvait le culte catholique. Ce qui a éveillé de vives susceptibilités, c’est la forme, dans laquelle on a cru voir, comme nous le disions, un manque d’égards envers le gouvernement néerlandais, et il eût été sans doute facile et sage d’éviter ce froissement. Ce qui a blessé davantage peut-être encore, c’est l’allocution papale du 7 mars, dont quelques termes, assurément mal interprétés, semblaient atteindre des traditions historiques chères à la Hollande, parce qu’elles se confondent avec sa nationalité même. Aussi les discussions qui ont eu lieu dans les chambres portent-elles moins en substance sur le droit du saint-siège et sur le fait même du rétablissement de la hiérarchie catholique, considéré à peu près comme consommé, que sur la manière dont s’est accompli cet acte et sur les circonstances qui l’ont accompagné. L’ordre du jour proposé par M. Van Doorn et voté par 40 voix contre 12 dans la seconde chambre n’a point un autre caractère, tout en impliquant des représentations faites à la cour de Rome. L’inconvénient de cet ordre du jour, c’est qu’il réunissait ceux qui approuvaient la marche suivie par le gouvernement et ceux qui le votaient comme un acte d’opposition contre l’organisation catholique elle-même. Dans toutes ces discussions délicates et épineuses d’ailleurs, il faut le dire, le cabinet hollandais ne s’est point départi de ses tendances libérales. Soit par l’organe de son principal membre, M. Thorbecke, soit par l’organe du ministre des affaires étrangères, M. Van Zuylen van Nyevelt, il n’a point caché sa véritable pensée : c’est qu’en principe le gouvernement n’avait point à s’immiscer dans une question religieuse, dans un fait accompli dans les limites de la constitution. Seulement, comme à ses yeux les convenances diplomatiques n’avaient point été observées à son égard, outre les représentations qu’il adressait à la cour de Rome, il rappelait par voie de congé son ministre près le saint-siège. C’est sous l’impression de ces explications que l’ordre du jour de M. Van Doorn était voté. Là est la part des chambres et du cabinet de La Haye. On croyait presque en avoir fini. Ce n’était cependant qu’une illusion, parce que d’abord, comme nous l’avons fait remarquer, l’ordre du jour de la seconde chambre réunissait des pensées assez divergentes, et ensuite parce que, dans l’intervalle, l’opinion publique protestante continuait A s’agiter au point de déplacer singulièrement les influences politiques.

Tandis que le cabinet de La Haye se croyait en effet très rassuré par le vote de la seconde chambre, les choses se précipitaient d’un autre côté dans un sens différent. Le roi était à Amsterdam, où il va tous les printemps, et il se