Page:Revue des Deux Mondes - 1853 - tome 3.djvu/488

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


anglais qui lui ouvrirent leurs colonnes ; il adressa à la Gazette de Pennsylvanie plusieurs lettres où il traitait la question de l’impôt au point de vue du principe qui veut que toute taxe soit consentie. Tous ses amis prirent parti dans le même sens et devinrent les collaborateurs volontaires de la Gazette de Pennsylvanie. « Ce n’est pas seulement notre propriété que nous défendons, écrivait Charles Thomson, le voisin et l’ami de Franklin, c’est notre liberté, ce sont nos droits les plus essentiels qu’on détruit. » La question fut envisagée au même point de vue par le parti populaire dans la Caroline du sud. Il existait déjà deux journaux à Charleston, la Gazette de la Caroline du sud, fondée le 8 janvier 1732 par Thomas Whitmarsh, et la Gazette générale américaine, établie en 1758 par Robert Wells. Un troisième journal, la Gazette and Country journal, fut créé en 1768 par Charles Crouch, uniquement pour combattre l’acte du timbre.

La déclaration de l’assemblée de Virginie ne fut comme dans la Nouvelle-Angleterre que par la publication qu’en fit le premier un journal de la colonie de Rhode-Island, le Newport Mercury [1]. Cette publication, qui fut considérée par les autorités anglaises presque comme un acte de trahison, faillit coûter l’existence à ce journal. Le Mercury ne s’en tint pas là cependant ; il prit hautement parti pour les droits des colonies, et pendant toute la période révolutionnaire il fut l’organe du ministre, puritain Ezra Stiles, des Ellery, des Vernon, des Ward, des Marchant et de tous les hommes qui, par leurs écrits, leurs discours et leur exemple, entraînèrent la population de Rhode-Island dans le parti de l’indépendance. Après la colonie de Massachusetts, celle de Rhode-Island est celle qui, relativement au chiffre de sa population, a fourni le plus de soldats aux armées américaines de 1775 à 1782.

Si l’œuvre de Patrick Henry arriva tardivement à la connaissance des whigs du Massachusetts, elle les trouva du moins tout préparés à la résistance. Dès l’année précédente, sur la seule nouvelle des projets du ministère anglais, La Gazette de Boston s’était énergiquement prononcée, et Oxenbridge Thacher, dont la mort fut, en 1765, un deuil pour toute la colonie, avait publié, sous ce titre : Sentimens d’un Anglo-Américain sur l’établissement des droits de douane dans les colonies, un petit écrit, dans lequel il ménageait fort peu le gouvernement de la métropole. Thacher avait emprunté l’épigraphe de ses articles à la fable de Phèdre : l’Ane et les Voleurs.

Ergo, quid refert mea
Cui serviam ? clitellas dum portem meas.


Cette épigraphe résumait parfaitement la pensée de l’écrivain, qui concluait au retrait des impôts ou à la rupture du lien colonial. James Otis, dont l’intelligence allait s’éteindre vaincue, par la passion, par la préoccupation de la lutte et par l’excès du travail, publia la même année 1764 son meilleur écrit,

  1. Ce journal avait été fondé à Newport en 1758 par James Franklin, fils du frère aîné de Benjamin : il fut continué après la mort de son fondateur par la veuve de celui-ci et par Samuel Hall. Il existe encore et se trouve aujourd’hui le doyen des journaux de la Nouvelle-Angleterre.