Page:Revue des Deux Mondes - 1853 - tome 3.djvu/614

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il n’en est point à faire sentir à ces populations ce que coûte son tenace despotisme. N’est-ce point de là, à vrai dire, que naissent les complications extérieures elles-mêmes qui se sont élevées dans ces derniers temps entre la Suisse et l’Autriche ? Quelles sont les raisons de ces difficultés ? Ce sont des actes révolutionnaires du gouvernement du Tessin, ce sont les complicités de ce gouvernement avec les agitateurs de la Lombardie. Il est vrai que ces complicités sont niées. Jusqu’ici cependant, les mesures de rigueur prises par l’Autriche contre le canton du Tessin n’ont point cessé ; le blocus continue. Tel est encore l’état de la question d’après le récent exposé fait par le gouvernement suisse à l’assemblée fédérale, qui s’est réunie il y a peu de temps. L’assemblée fédérale a eu à s’occuper à peu de jours de distance de deux affaires qui dominent aujourd’hui encore la situation de la Suisse. La première est le différend avec l’Autriche. Deux propositions étaient en présence, — l’une émanant de la commission de l’assemblée, et consistant à laisser au conseil fédéral le soin de terminer un conflit nuisible à tous les intérêts ; — l’autre venant des radicaux et invitant le conseil fédéral à insister auprès du gouvernement autrichien pour qu’il mît fin aux mesures exceptionnelles dont le Tessin est l’objet, sauf à aviser dans le délai d’un mois, s’il n’était pas fait droit à cette demande. C’était très probablement le moyen d’aggraver encore ces difficultés ; aussi est-ce la proposition de la commission du conseil national qui a été adoptée, et dans ces termes les négociations qui se poursuivent peuvent atteindre leur but. Sans qu’une telle intervention ait aucun caractère officiel, il est possible que l’Angleterre et la France aident à ce résultat et facilitent un arrangement de nature à faire cesser un état de choses principalement nuisible à coup sur pour la Suisse et pour le canton du Tessin. La seconde affaire dont avait à s’occuper le conseil national suisse, c’est la situation du canton de Fribourg. On se souvient des scènes qui se sont fréquemment renouvelées dans ce malheureux canton, courbé depuis 1848 sous le joug radical, — des efforts tentés par les populations pour obtenir un gouvernement plus conforme à leurs vœux, des pétitions nombreuses adressées à l’assemblée fédérale pour demander la révision de la constitution cantonale. D’un autre côté, on n’a point oublié qu’à la suite de l’insurrection du 22 avril le conseil fédéral avait cassé les décisions d’une cour martiale saisie de cette affaire par les autorités de Fribourg. Cette résolution, qui semblait fort simple, a soulevé pourtant les colères radicales. Il en est résulté que l’assemblée fédérale s’est trouvée en même temps saisie de pétitions continuant à demander la révision de la constitution de Fribourg, et de réclamations contre l’acte qui avait cassé les arrêts de la cour martiale. Le conseil national a vu sans doute, un moyen de se tirer d’affaire en renvoyant ensemble conservateurs et ultra-radicaux, et en définitive il a voté l’ordre du jour sur les pétitions concernant la révision de la constitution fribourgeoise en même temps qu’il sanctionnait la décision sur les arrêts de la cour martiale. Il reste maintenant à savoir si les mécontentemens profonds qu’excite la domination radicale dans le canton de Fribourg ne produiront pas de nouveaux troubles. Et si après avoir épuisé toutes les voies légales, après avoir manifesté leurs vœux sous toutes les formes par des pétitions, par des élections conservatrices, sans rien obtenir, ces populations se laissaient de