Page:Revue des Deux Mondes - 1853 - tome 4.djvu/1047

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calme depuis la levée du siège de Montevideo en 1851, vient de retomber en ce singulier état ; elle a eu en un mot sa révolution toute récente, et les circonstances qui ont accompagné cette révolution ne laissent point d’être caractéristiques. Il y a dans la République Orientale deux partis, les blancs et les rouges, ce qui n’a point du tout le même sens qu’en Europe. Les blancs étaient les partisans du général Oribe ; les rouges étaient les hommes de la défense de Montevideo pendant le dernier siège. Or, lorsqu’il y a deux ans Oribe était rejeté dans la vie privée et que le parti de la défense triomphait, qu’arrivait-il ? Le pays, dans les élections, nommait en grande partie des partisans du général Oribe ; il élevait notamment à la présidence un des hommes les plus marquans de cette opinion, M. Giro, de telle sorte que le parti de la défense se trouvait, dans son récent triomphe, légalement dépossédé de l’influence politique ; de là un ressentiment profond et une lutte sourde qui n’a cessé d’exister. Cette lutte devenait assez vive pour occasionner une émeute à Montevideo au mois de juillet dernier, et le président, dans un sentiment de conciliation, donnait place, dans le ministère, à deux hommes du parti de la défense, MM. Florès et Herrera y Obes ; mais cela ne faisait que transporter l’antagonisme dans les conseils du gouvernement. Bientôt les nouveaux ministres réclamaient l’éloignement du général Oribe ; ils demandaient à mettre à la tête des provinces des autorités de leur opinion. M. Giro cédait sur le premier point, résistait sur le second, lorsque enfin, cette lutte arrivant au degré de vivacité le plus extrême, le président était forcé de se réfugier sur un bâtiment français, et il s’organisait à Montevideo un gouvernement provisoire ; ce gouvernement se composait du général Pacheco y Obes, du général Lavallega et du général Fructuoso Rivera, l’ancien rival d’influence de Rosas dans la Plata ; seulement, auquel de ces trois généraux appartiendra aujourd’hui le pouvoir ? Quel est celui qui pourra se promettre de ne point se voir renversé par les mêmes moyens qui l’auront élevé ? C’est ainsi que les mouvemens se succèdent dans ces malheureuses contrées ; c’est ainsi que les révolutions sont factices, que la paix elle-même est factice, que tout est factice, excepté l’inutile fécondité du sol et de cette riche nature dont personne ne s’occupe.


CH. DE MAZADE.


— M. Silvestre de Sacy vient d’éditer la traduction de l’Imitation de Jésus-Christ, par le garde des sceaux Marillac. Cette traduction a dans son vieux français des grâces inimitables, et nous devons savoir gré an libraire Téchener d’avoir publié cette traduction avec le soin et le luxe de bon goût que méritent les livres excellens et surtout les livres qui, comme l’Imitation, doivent servir de manuel et de bréviaire aux âmes pieuses et aux âmes élevées. On peut se résoudre à lire dans un exemplaire mal imprimé, et sur mauvais papier, un ouvrage qu’on ne lira qu’une fois ; il faut mieux et plus pour les livres qu’on lit toujours. Il leur faut de la netteté, de l’élégance, le superflu enfin, toujours si agréable. L’Imitation de Marillac, publiée par M. Téchener, a toutes ces qualités ; elle a surtout ce que, n’étant que littérateur et point bibliophile, j’estime plus que la beauté de l’impression et du papier, une préface de M. de Sacy qui est un morceau exquis de littérature, et surtout de cette littérature mêlée, à la morale qui fait le charme de tout ce qu’écrit M. de Sacy. Mettant une préface à un livre destiné à l’âme comme est l’Imitation, M. de Sacy a écrit avec son âme ouverte et simple, en même temps qu’avec son esprit pénétrant et scrupuleux, et il n’a jamais été mieux inspiré.


SAINT-MARC GIRARDIN.