Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/109

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



Reste la question fiscale proprement dite. Les droits anciennement perçus à l’entrée des bestiaux étrangers rapportaient au trésor de 7 à 800,000 fr. ; aujourd’hui, après la réduction radicale du droit, ils ne donnent pas la moitié, c’est peut-être trop peu. Dans un temps où, pour subvenir aux intérêts des emprunts nouvellement contractés, qui ne s’élèvent pas à moins de 75 millions par an, il faut nécessairement trouver de nouvelles sources de recettes, on doit chercher à faire rendre aux douanes, comme aux autres branches du revenu public, tout ce qu’elles peuvent rendre. Il convient alors de choisir le tarif qui donnera le plus de recettes, en dehors de toute préoccupation protectioniste ou autre ; je n’ai pas la prétention de l’indiquer ici, mais je suis convaincu qu’en s’y prenant bien, on peut porter la recette sur le bétail à plus d’un million, sans nuire en aucune façon à l’importation.

Si le bétail a une grande importance comme instrument de production, les céréales en ont une plus grande encore, comme satisfaction immédiate de nos besoins. On peut ne pas manger de viande, on ne peut pas se passer de pain. Les mêmes raisons existent donc pour en recommander la culture, les mêmes existent aussi pour l’assurer. Cette production atteint chez nous des proportions gigantesques. À 3 hectolitres par tête, il faut plus de 100 millions d’hectolitres pour la consommation humaine, une vingtaine pour les semences, à peu près autant pour la nourriture des volailles et des autres animaux domestiques et pour les usages industriels, comme les brasseries et distilleries, en tout 150 millions d’hectolitres de froment, seigle, orge, maïs et sarrazin, et en y comprenant L’avoine, 200 millions d’hectolitres, valant ensemble, aux prix ordinaires, bien près de 3 milliards. On comprend sans peine qu’un pareil approvisionnement ne peut nous venir que de notre propre sol ; il ne faut rien moins, pour le produire, que l’étendue entière de ce vaste et fertile territoire ; le transport de pareilles masses de grains à des distances un peu lointaines serait impossible sans des frais énormes, même avec les moyens de locomotion inventés de nos jours. On n’en a pas moins cru nécessaire de prendre des mesures contre l’invasion des céréales étrangères, mesures encore plus inutiles, s’il est possible, que contre le bétail, car les céréales ont moins de valeur que la viande, à, poids égal, et il ne faut pas les porter bien loin pour en doubler le prix. De plus elles coûtent davantage à produire, en ce sens qu’elles ne viennent pas sans culture, comme l’herbe des pâturages, et elles représentent toujours, même dans les pays les plus fertiles et les moins peuplés, une somme de travail et de capital que la production élémentaire du bétail n’exige pas.

Ces précautions sont tout ce qui reste d’un ancien système qui se présente naturellement à l’esprit, mais qui n’en est pas moins faux