Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/291

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entre cuirassé ; pour l’autre, tous les coups sont des blessures vives. Une société agissant d’un côté avec un capital considérable fourni par l’association, capital dont la sensibilité, si l’on peut s’exprimer ainsi, s’émousse dans la foule des actionnaires entre lesquels il se partage, et agissant sous le bouclier de l’anonyme qui limite ses risques à la perte de ce capital, devra donc être plus entreprenante et plus hardie que des banquiers isolés, lesquels mettent au jeu toute leur fortune personnelle et l’honneur commercial de leur nom. L’influence qu’une telle supériorité exercera sur les banquiers ordinaires variera suivant l’étendue des ressources dont pourra disposer la banque anonyme. Si ses ressources ne dépassent point la moyenne de celles avec lesquelles agissent les premières maisons de banque, l’influence de la société anonyme pourra être heureuse. Dans ce cas, en effet, la banque anonyme de commandite ne sera point assez puissante pour décourager la concurrence, et elle sera pourtant assez active et assez forte pour stimuler les banquiers particuliers et les grands capitalistes, pour les exciter et les contenir au besoin par une rivalité efficace, et les contraindre à améliorer les conditions du crédit au profit de l’état et du public. Mais si à l’avantage de la forme anonyme la société privilégiée joignait des ressources financières capables de s’étendre indéfiniment et hors de proportion avec celles des maisons de banque ordinaires, les conséquences de cette inégalité seraient irrésistibles. Il est évident que les banquiers, découragés, n’oseraient plus disputer les affaires à la société privilégiée, et que celle-ci userait de tous ses avantages pour annuler les efforts de ses concurrens, s’il s’en présentait. Le public ayant vu dès longtemps toutes les grandes et lucratives entreprises se fonder sous l’influence de la banque anonyme, les capitaux disponibles déserteraient les caisses des banquiers pour affluer vers leur triomphante rivale. Parmi les banquiers, les uns abandonneraient la lutte pour porter ailleurs leurs capitaux et leur activité ; les autres, pour participer aux profits de la société, deviendraient ses cliens et ses vassaux. L’infaillible résultat d’un tel état de choses serait la concentration, entre les mains de la société privilégiée, de toutes les ressources et de toute la puissance du crédit commanditaire.

Il s’en faut assurément que la société générale de Crédit mobilier en soit venue la jusqu’à présent, nous affirmerons même, sans hésiter, qu’il lui est impossible, à moins que ses ressources actuelles ne reçoivent un accroissement considérable, d’opérer une absorption pareille ; mais comme il est dans sa nature de poursuivre cet accroissement de ressources, et comme dans la pensée de certaines personnes, à en juger par les assimilations que nous avons mentionnées, le Crédit mobilier semble appelé à prendre dans le crédit commanditaire