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ressemblent, sous l’action grossissante du microscope, à la coquille cloisonnée des nautiles. La coquille entière est percée de pores innombrables qui laissent passer des pieds mobiles en forme de racine. Les plus grands de tous les foraminifères sont les nummulites, ainsi nommés parce qu’ils ont l’apparence d’une pièce de monnaie. L’immense formation qui porte, à cause de leur abondance, le ; nom de nummulitique, atteint souvent une épaisseur vraiment gigantesque, et s’étend dans la partie méridionale de l’Europe, des Alpes aux Apennins, dans les Carpathes, dans le Maroc, l’Algérie, l’Égypte, l’Asie Mineure, la Perse, et jusque dans l’Inde.


III

Les formes organiques, immuables aussi longtemps que le monde physique ne s’altère point lui-même, se modifient d’âge en âge à la suite des révolutions qui bouleversent les anciennes relations naturelles et en inaugurent de nouvelles. Est-il possible, quand on les suit à travers tous les terrains géologiques, de découvrir la loi de ce développement dont chaque phase est mesurée par une suite incalculable de siècles ? Peut-on observer dans cette suite de changemens une loi de progrès que l’homme aimerait à retrouver dans la nature entière, comme il s’attache à la poursuivre dans l’histoire de sa propre race ? Que faut-il d’ailleurs entendre par ce mot de progrès appliqué à la succession des formes sous lesquelles la vie se manifeste ? La zoologie moderne nous a appris que les animaux en apparence les plus infimes présentent souvent une organisation très délicate et très complexe. Dans tous les êtres animés, les organes, c’est-à-dire les instrumens à. l’aide desquels s’accomplissent les fonctions vitales, s’adaptent de la manière la plus admirable à la nature même de ces fonctions ; mais plus le nombre et l’importance de ces fonctions s’accroissent, plus les organes se séparent et deviennent spéciaux, plus aussi l’animal s’élève dans la série à laquelle il appartient. Ainsi c’est la division plus ou moins complète d’a travail organique qui est le fondement de la véritable hiérarchie animale.

Ce principe de hiérarchie et de subordination doit d’ailleurs s’appliquer à l’ensemble même des grandes séries animales de même qu aux espèces qui les composent. On peut comparer ces grandes séries à des rayons qui s’échappent d’un même foyer, mais dont les grandeurs sont très inégales ; car les animaux les plus élevés d’une série peuvent présenter un organisme plus distinct et plus parfait que celui des animaux qui occupent les rangs les plus bas d’une série supérieure dans son ensemble, à la première. Ce n’est qu’en se pénétrant de cette subordination plus générale qu’on retrouve,