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lité doit moins ressortir du discours que du jeu des caractères, du mouvement de l’action. C’est ce qui fait que l’œuvre nouvelle de M. Ponsard, tout en réunissant les qualités habituelles de l’auteur, n’est point cependant la comédie qui se fera quelque jour sur la Bourse et sur les mœurs industrielles, sur cette corruption qui est l’une des causes les plus frappantes de la faiblesse des mœurs publiques.

Ce siècle a vu bien des faits extraordinaires en Europe aussi bien que dans le Nouveau-Monde ; il a vu se mêler au mouvement général des choses bien des épisodes surprenans, des révolutions, des tentatives à main armée, des invasions de flibustiers : il compte cependant jusqu’ici peu d’événemens aussi étranges que ceux qui se déroulent dans l’Amérique centrale, et en particulier dans un petit état de cette contrée, — le Nicaragua. Voici déjà quelques mois qu’un aventurier yankee, William Walker, à la recherche d’un pays à envahir et connu pour une tentative semblable dans la Basse-Californie, a réussi à s’introduire dans le Nicaragua à la faveur d’une de ces guerres civiles qui désolent toujours ces républiques en détresse. Walker s’est fait le protecteur du parti démocratique, et il a décidé sa victoire en lui amenant des côtes de l’Océan-Pacifique un essaim d’aventuriers comme lui. Cela fait, il a organisé un gouvernement provisoire sous ses auspices ; il s’est contenté pour lui-même du titre de général en chef de l’armée du Nicaragua, il a créé une force américaine qu’il grossit le plus qu’il peut ; en un mot, il est le maître dans un pays désorganisé par vingt ans de guerre civile. Il a fait fusiller de malheureux hommes qui n’avaient d’autre tort que de tenir à l’indépendance de leur pays. Il trouble le commerce de toutes ces contrées. Walker a espéré sans doute au premier moment obtenir l’aveu et le concours des États-Unis. Il a été désavoué au contraire, et par une partie de la presse de l’Union, et par le cabinet de Washington, qui ne pouvait ouvertement patroner une telle aventure. Il n’est pas moins vrai que l’entreprise du flibustier yankee n’est que la pratique simple, audacieuse et sans scrupules des doctrines américaines. On peut pressentir du reste l’émotion profonde que devait jeter dans les autres parties de l’Amérique centrale cette domination étrangère exercée par des aventuriers dans le Nicaragua. Walker se trouvait placé dans l’alternative de se faire accepter par les autres états, ou d’avoir bientôt à rompre et à lutter avec eux. C’est la rupture qui a éclaté, et la guerre s’est allumée immédiatement. Walker, ou le gouvernement provisoire qui fonctionne sous sa haute protection, avait imaginé d’expédier des ambassadeurs dans les autres pays de l’Amérique centrale pour se faire reconnaître, et c’est la justement ce qui est devenu une occasion d’hostilités. C’est la plus petite des républiques centre-américaines, celle de Costa-Rica, qui a donné le signal de la résistance à cette invasion de flibustiers, en refusant de recevoir l’envoyé de Walker, un certain colonel Schlesinger. Chose remarquable, la république de Costa-Rica, qui s’est toujours distinguée par sa régularité et par son calme, qui a joui jusqu’ici d’une fortune exceptionnelle dans l’Amérique espagnole, a été la première aussi à ressentir la violence faite à l’instinct national. Le président de ce petit état, M. Rafaël Mora, ne se dissimulait nullement d’ailleurs que c’était la guerre qu’il acceptait. Immédiatement il réunissait le congrès en session extraordinaire, et il se fai-