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partir. Les soupçons de Bernadotte sur la Russie furent confirmés par une lettre de Gustave IV qu’il reçut quelques mois plus tard (en septembre 1817). L’ex-roi, tout en lui déclarant qu’il renonçait pour lui-même à toutes prétentions sur la couronne de Suède, exprimait le regret de n’avoir pu faire abdiquer son fils ; le prince et tout le reste de sa famille lui résistaient sur ce point, et se voyaient, assurait-il, soutenus par les cours de Bade et de Russie. — Bernadotte n’ignorait pas non plus (il le dit à M. de Rumigny en juin 1819) que la Russie avait fait sonder en Suède quelques-uns des principaux personnages, en vue d’une tentative prochaine de changement de dynastie.

Que le cabinet de Saint-Pétersbourg fût réellement aussi mal disposé à l’égard de Bernadotte, cela est fort contestable. En possession d’une influence reconnue par le continent tout entier, l’empereur de Russie voyait dans Bernadotte un instrument docile, dont les complications de l’avenir pouvaient rendre les services encore nécessaires. Il avait mis à l’épreuve son habile énergie, il comptait sur son dévouement, tandis qu’une restauration pouvait, en troublant un pays si voisin, lui susciter des inquiétudes nouvelles et le priver d’un solide appui. Cependant il restait incontestable que l’alliance moscovite d’un côté, et de l’autre le nouveau l’établissement des Bourbons, pesaient également sur le malheureux Bernadotte, — la restauration française comme une menace perpétuelle, et l’amitié russe comme un joug insupportable, mais d’où pourrait venir le salut dans la tempête.

L’avènement de Bernadotte au trône de Suède après la mort du vieil et infirme Charles XIII n’en eut pas moins lieu sans difficulté le 5 février 1818. L’avis de cette mort étant parvenu à l’ex-roi Gustave, il renvoya immédiatement la lettre contenant la nouvelle à la reine douairière, en écrivant sur le revers, pour toute réponse, le mot reçu et le nouveau roi n’entendit plus parler de Gustave IV, ni, sauf quelques rumeurs en 1832, de son fils. Reconnu de tous les souverains, protégé de la Russie, Bernadotte sentit la couronne affermie sur sa tête. La nomination du comte Gustave de Löwenhielm comme ministre plénipotentiaire à Paris (avril 1818) créa des liens nouveaux entre son gouvernement et ces Bourbons de France qui l’avaient tant inquiété ; il put espérer qu’on le laisserait régner en paix dans le silence et la résignation.

Bernadotte comptait sans les fautes des Bourbons et sans le remuant génie de la France : 1830 vint troubler son repos apparent, justifier ses vieilles prophéties, et le jeter de nouveau dans les velléités ambitieuses, dans les intempestifs regrets.

Il est certain, toutefois que 1830 lui apportait tout d’abord un soulagement