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c’était au pouvoir terrible de l’inquisition. À la bonne heure, voilà des indignités qui ont de la tournure et du caractère ; mais se dénoncer à une vulgaire police ou battre quelques pauvres diables, cela est par trop démocratique !

Les individualités du journalisme américain ne sont pas fort accusées ; quelques-unes cependant méritent qu’on les signale et qu’on s’arrête un instant devant elles. Un des journalistes reconnus par ses confrères comme un des plus habiles de l’Union est M. J. Raymond. Whig d’opinions, il commença le New-York Tribune avec M. Greeley, et l’abandonna peu de temps après sa fondation pour passer au Courier and Enquirer, dont les principes s’accordaient mieux avec les siens. M. Raymond, presbytérien de religion et presbytérien non philosophe, mais selon le catéchisme calviniste, whig en politique, mais whig selon la tradition, ne pouvait longtemps s’accommoder d’un journal qui se faisait l’organe de toutes les nouveautés et de toutes les rêveries contemporaines. C’est dans le Courier and Enquirer qu’il soutint contre Horace Greeley, en 1841 une célèbre polémique sur le fouriérisme, récemment importé d’Europe par M. Albert Brisbane, jeune et riche Américain qui avait longtemps vécu en France, et que Paris a revu dans l’agitation de 1848. Cette polémique, que l’historiographe de M. Greeley nous résume en quinze longues pages, donne la meilleure idée du bon sens de M. Raymond. Les livres de Fourier étaient alors inconnus en Amérique, et M. Greeley lui-même n’en avait qu’une idée très incomplète. Dans la discussion qui s’éleva sur le principe d’association, M. Raymond découvrit ou plutôt devina avec beaucoup de finesse ce que M. Greeley ne voyait pas, à savoir que le principe économique de Fourier ne pouvait être séparé d’un certain principe moral, et que ce principe était forcément l’indulgence passionnelle. Il a abandonné depuis quelques années le Courier and Enquirer et a fondé le Daily-Times, dévoué au principe whig et au parti Seward.

Nous connaissons déjà le directeur du Courier and Enquirer, le général James Watson Webb, l’agresseur de M. Bennett. Le Courier and Enquirer, qui se gouverne selon les principes de l’ancien journalisme, et qui est d’un prix relativement élevé, s’est maintenu avec avantage, sous la direction de M. Webb, en présence de la presse à bon marché. On attribue au général l’honneur d’avoir le premier baptisé du nom de whig le parti fédéraliste, pendant son opposition au général Jackson. C’est à l’époque de la grande querelle sur la banque des États-Unis que ce sobriquet fut inventé par le général Webb, et c’est à cette époque aussi que le Courier and Enquirer, qui était un organe démocratique, devint un organe whig. D’une humeur peu endurante, comme nous l’avons vu, le général a eu le