Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/78

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c’était d’avoir produit Montesquieu, Voltaire, Jean-Jacques Rousseau, et d’avoir fait la révolution. Il n’entrevit la révolution française qu’à travers l’affront de la défaite et la déchéance de son pays. La haine des théories nouvelles, poussée chez lui jusqu’à l’aveuglement et à la fureur, lui a fermé les sources d’une inspiration plus élevée et plus universelle. En exagérant les anciens défauts de sa nation, en ressuscitant le sarcasme religieux, il a rétréci de belles facultés pour descendre au rôle d’un chef de secte. Son influence, il est vrai, a été grande et incontestable en Hollande, mais à plusieurs égards elle a été pernicieuse.

Bilderdijk a fait école. Les chefs de cette école sont aujourd’hui M. Groen van Prinsterer et M. da Costa. Il convient de parler de M. Groen avec les égards que méritent toujours un talent sérieux, une conviction forte et une volonté persévérante. Il a publié en français une volumineuse histoire de la maison d’Orange, dans laquelle on reconnaît la trace voilée des idées de Joseph de Maistre sur l’alliance du principe religieux et du principe social. Dernièrement, M. Groen n’avait pas dédaigné de descendre dans l’arène du journalisme. De Nederlander, gazette de l’orthodoxie protestante, paraissait quotidiennement à Utrecht. À bout d’impuissans efforts pour attirer le pays à ses idées, ce chef de parti avait cessé la publication de sa feuille, et il menaçait de s’envelopper dans le silence, quand, il y a quelques mois, la ville de La Haye le renvoya, après une absence d’une année environ, aux états-généraux. M. Groen doit au gouvernement représentatif quelques succès de tribune. Sa parole mordante lui a fait une place à part dans le petit groupe des orateurs néerlandais. Le parti auquel se rattache cet homme d’état a des racines dans l’ancienne république batave. Confondant l’ordre religieux et l’ordre politique, il aspire à une sorte de théocratie protestante ; M. Groen appuie ses idées personnelles sur l’histoire même de la nation, qu’il interprète à sa manière, et de laquelle il cherche à dégager une sorte de providence égoïste veillant sur les destinées des Pays-Bas comme sur son patrimoine. Un Dieu hollandais, renouvelé du Dieu des Juifs, a pu avoir sa raison d’être dans un temps où les Pays-Bas avaient besoin de se couvrir de leur foi comme d’un rempart. Ce temps n’existe plus. Si le parti de M. Groen était aux affaires, il effacerait tous les progrès et toutes les conquêtes de l’histoire contemporaine. Le protestantisme, dont il veut faire la tige de l’ordre social, est le protestantisme synodal, tel qu’il a été fixé par