Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/90

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s’inspirant de ses golfes, de ses lacs, de ses dunes, de ses fleuves qui débordent, en idéalisant la vie des populations qui vivent au bord de la mer ou dans les marais desséchés, elle rencontrerait dans la nature une source de poésie vraie et féconde qu’elle demande vainement aux controverses religieuses. Il fut un temps où les intérêts de la politique voulaient que la Néerlande s’isolât du reste de l’Europe. Boulevard de la foi protestante, cette petite république maintenait alors son existence nationale en se tenant à l’écart des autres états. Un tel isolement a été une force ; mais il est maintenant une cause de faiblesse morale. Retranché dans la vie de famille, dans l’immobilité des usages, dans certains dogmes religieux et civils, le Hollandais se persuade trop qu’il n’y a que la Hollande au monde. Nous croyons qu’il gagnerait beaucoup à revenir de son erreur. Sans abjurer son caractère, et tout en rendant justice aux bonnes intentions des diverses sectes qui se disputent sur le sol des Pays-Bas le domaine des consciences, il comprendrait alors que l’avenir de l’humanité n’est contenu dans aucune de ces petites églises. Au reste le mouvement religieux tend à une sorte d’unité par la division même. Le protestantisme n’a ni dans ses dogmes, ni dans son organisation extérieure, le moyen de réagir contre les entreprises de la raison individuelle. Issu du libre examen, en vain cherche-t-il à fixer en matière de foi une ombre d’autorité. Cette autorité lui échappe, les limites qu’il a voulu tracer à la pensée humaine s’effacent comme une ligne marquée à la craie, et de tous côtés, en Hollande, se répand la lumière d’une philosophie religieuse. Ce travail intellectuel dissout les anciennes formes, renverse les barrières qui séparaient les diverses communions protestantes, démolit, comme dit saint Paul, le mur des divisions et des inimitiés. Les ministres remontrans et mennonites, les orthodoxes et les hétérodoxes, échangent perpétuellement leurs chaires ; ils vont le dimanche prêcher les uns chez les autres, et le peuple, qui suit d’ailleurs avec intérêt cette polémique religieuse, s’accoutume à une sorte d’éclectisme pratique. Ce qui sort de là, ce qui plane au-dessus de ces dissidences théologiques, c’est un sentiment toujours moral, une leçon de vraie tolérance, une aspiration sincère, quoique vague, au progrès et à la liberté humaine.

Plutôt que de s’arrêter au conflit des croyances et des doctrines promulguées par la réforme, la littérature néerlandaise ferait peut-être mieux de s’attacher à la peinture des mœurs religieuses. Il y a une poésie dans le protestantisme tel qu’il est organisé en Hollande. Cette poésie se révèle surtout à la campagne. Là, le pasteur est deux fois père : ses enfans et son troupeau se confondent pour lui dans une même famille. Il distribue à tous la seule chose que l’homme