Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 4.djvu/907

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


direction, et il est venu aborder la France par son milieu, revenant ainsi à son cours ordinaire; mais il n’a point trouvé les voies préparées; il n’a point trouvé établis les déversemens naturels vers le midi dont nous avons parlé plus haut. Il a trouvé un obstacle dans l’immobilité de l’air de la France, jusqu’à ce que le régime primitif des déversemens naturels ait été rétabli. Cet air humide a donc dû s’entasser au-dessus de l’atmosphère du milieu de la France, et par suite il a été soulevé, dilaté, refroidi, et nous a donné des pluies désastreuses. Il est évident que la surcharge de l’air a rétabli les anciens courans, et que sans doute les pluies de 1856 ne se renouvelleront pas en 1857. On voit, par ce qui vient d’être dit, combien il est important de jeter un coup d’œil d’ensemble sur le globe entier, et combien il est nécessaire d’en connaître le régime normal et les exceptions qui viennent suspendre le cours régulier des météores, car on est alors menacé d’un retour brusque au régime naturel avec les inconvéniens attachés à tout changement violent dans l’ordre de la nature. Les communications par voie électrique nous promettent beaucoup pour le perfectionnement de la météorologie, et l’observatoire de Paris, soutenu par une volonté puissante, a déjà pris pour la connaissance de l’ensemble des faits de la physique du globe la plus utile et la plus honorable initiative. Espérons qu’à une époque prochaine les peuples ne seront jamais pris à l’improviste par aucun des grands phénomènes de la nature.

Mais ce n’est pas tout que de prévoir la possibilité ou l’imminence d’une crise météorologique, il faut organiser les moyens d’en atténuer les effets désastreux, à peu près comme on cherche à s’approvisionner de céréales dès le moment où l’on prévoit une récolte insuffisante. Ici toutefois les difficultés sont bien autrement grandes.

En effet, la nature et les travaux d’art ont établi le lit de nos fleuves et de nos rivières de manière à permettre aux grandes crues de s’écouler jusqu’à la mer sans dépasser certaines limites au-delà desquelles il y aurait dégâts et catastrophe. Or, comme les phénomènes de la nature peuvent outrepasser les prévisions les plus étendues, il semble qu’il n’y ait plus pour ces circonstances exceptionnelles, comme pour tous les fléaux irrémédiables de la société, qu’à attendre la cessation du mal. Quelles digues auraient pu contenir les inondations des mois derniers dans les bassins de la Loire et du Rhône? Il me paraissait donc complètement impossible de parer à de si redoutables éventualités. Une autorité souveraine, après avoir consulté les lumières pratiques de nos ingénieurs qui tiennent le premier rang dans le monde entier, n’a pas jugé la chose désespérée. Il s’agit de mettre des obstacles temporaires à la réunion trop prompte de toutes les inondations partielles et de donner le temps de s’écouler aux masses d’eaux déjà accumulées avant de laisser d’autres masses destructives arriver pour augmenter le désordre et le rendre irrémédiable. Gagner du temps est tout dans cette circonstance, et si l’on peut retarder la marche d’une rivière de manière à