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demande à devenir archevêque « pour changer d’air. » Le tout forme à coup sûr le plus bizarre préambule dont jamais contrat de mariage ait été accompagné.

Une nouvelle visite de Gustave à Paris n’apporta pas une conclusion immédiate à cette longue négociation, qui durait depuis le milieu de l’année 1779, c’est-à-dire depuis cinq ans. Staël fit d’énormes dépenses pour bien recevoir son roi, et comme s’il tenait déjà la fortune de Mlle Necker. « Si votre majesté ne lui accorde enfin l’assurance de l’ambassade pour toujours, écrit alors cette excellente Mme de Boufflers, toujours attentive à l’achèvement de son dessein, le mariage du baron de Staël sera manqué, et il n’aura tiré de cet espoir que l’avantage d’avoir brillé un moment, avec l’inconvénient fâcheux d’avoir fait 200,000 francs de dettes pour son établissement à Paris et le séjour de votre majesté dans cette ville (5 juillet 1785)...» Mais enfin Gustave accepta les conditions principales. Si nous n’avons pas ses lettres à ce sujet, nous recueillerons, chemin faisant, certains témoignages qui nous l’affirment. Désormais donc nul obstacle ne subsistait, car il faut penser que Mlle Necker, dont personne ne parle dans toute cette correspondance, bien qu’elle soit l’objet principal de la négociation, était depuis longtemps consentante. Son père et sa mère donnèrent leur assentiment dans les premiers jours d’octobre 1785, et Mme de Boufflers, en transmettant cette grande nouvelle à Gustave III, ajouta, comme elle en avait bien le droit : « J’avoue que cette affaire m’a longtemps occupée, souvent ennuyée. J’en ai fait les premières propositions il y a plus de cinq ans, et depuis trois ans je ne cesse de solliciter ou de parole ou par écrit... Enfin, dit-elle en achevant sa lettre, j’espère que ce riche mariage ne laissera pas d’être avantageux pour la Suède. »

L’union pour laquelle on avait tant travaillé fut célébrée en effet le 14 janvier 1786. Dix mois après, en novembre, Gustave III pouvait lire dans les dépêches mêmes de son ambassadeur marié des pages comme celle-ci : « J’ose supplier votre majesté de croire que jamais zèle plus ardent pour elle ne pourra animer aucun de ses sujets, que je consacre toutes mes facultés à m’acquitter de la place qu’elle a bien voulu me confier, que je n’aime, si j’ose le dire, en ce moment que ma femme et mon roi, et que le premier de ces deux sentimens ne nuit point au second, puisque je me rappelle sans cesse que c’est à votre majesté que je dois la jouissance de mon bonheur intérieur. »

Grâce à la nouvelle ambassadrice, les salons de la légation suédoise furent plus que jamais à Paris de beaucoup les plus brillans parmi les salons diplomatiques; l’ambassadeur suédois était mieux que tous les autres, par ses entrées particulières à la cour et les confi-