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de Grata-Placidia, soit en Orient, soit en Occident ; les biens immeubles furent vendus ; on joignit au produit de cette vente tout ce qu’il y avait encore de meubles, d’étoffes, de bijoux, d’objets d’art appartenant à cette maison, et le tout, transporté par un navire romain à Carthage, fut livré au roi des Vandales en échange de l’impératrice et de sa fille. Eudoxie reçut à Byzance un accueil digne de son ancienne condition, et Placidie épousa Olybrius.

Alors s’ouvrit le second acte de cette tragi-comédie qui se jouait entre Genséric et l’empire romain. À peine les noces d’Olybrius et de Placidie venaient-elles de se terminer, que des messagers arrivèrent de Carthage à l’empereur Léon et au sénat de Rome. Les lettres dont ils étaient porteurs conseillaient aux deux gouvernemens de choisir pour empereur d’Occident Olybrius, voisin de la pourpre par sa noblesse et gendre du dernier césar héritier du sang de Théodose ; « d’ailleurs, ajoutait Genséric, il est par sa femme le beau-frère de mon fils, et avec lui vous aurez la paix. Que si vous le refusiez, quoique le plus noble d’entre vous, par quelle raison agiriez-vous de cette manière, sinon parce qu’il est mon parent ? Il me resterait alors à venger l’insulte que vous m’auriez faite gratuitement. » On pense bien qu’un double refus suivit ce message impudent soit à Constantinople, soit à Rome ; Genséric accomplit sa menace, et les déprédations vandales recommencèrent de plus belle. La Méditerranée fut infestée de pirates enlevant les plus gros navires qui osaient s’exposer, pénétrant dans les moindres recoins, et criant à ceux qu’ils pillaient et brûlaient : « Faites Olybrius empereur d’Occident ! » C’était le temps des grands embarras de l’Italie, Majorien venait d’être assassiné, et Sévère, à peine assis sur le trône impérial, commençait à chanceler déjà. À sa mort, Genséric redoubla de menaces et de sollicitations, tandis que le lâche Olybrius, qui était entré dans ses vues, semait l’argent à pleines mains pour se créer un parti. Jamais le monde n’avait assisté à un plus déplorable spectacle : deux rois barbares, l’un généralissime des troupes romaines, l’autre le plus cruel ennemi de Rome, bloquant pour ainsi dire le sénat par terre et par mer pour lui dicter la loi, et l’un lui refusant, l’autre lui imposant un empereur. Ricimer et Genséric se retrouvaient encore là avec leur haine de race et leur inimitié héréditaire, se faisant la guerre pour disposer du trône des césars, comme autrefois pour savoir à qui appartiendrait Agrigente ou Alésia.

On ne peut douter que la honte d’une pareille situation n’eût pesé sur les résolutions de la ville de Rome, lorsqu’en 466 elle avait supplié Léon de lui choisir un empereur, et Ricimer, de son côté, coupa court aux intrigues d’Olybrius en agréant le choix fait par Léon. Dans cet état de choses, la première pensée des deux empereurs, le