Page:Revue des Deux Mondes - 1857 - tome 10.djvu/603

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du soleil, se glisser la clarté de la lune, ou briller l’azur du ciel. Au sommet se dressent les arrachemens d’une voûte qui n’existe plus, à terre gisent des masses pareilles à des rochers précipités par une avalanche. Cette vaste ruine, la plus imposante qui soit à Rome après le Colisée et les thermes de Caracalla, c’est un tiers seulement de la basilique élevée par Maxence avant sa défaite et dédiée par le sénat et le peuple à Constantin victorieux. Ce monument se lie donc, par la succession de ses deux destinations diverses, à la grande transformation qui s’accomplit alors. Comme l’empire, il passa en quelques années du paganisme au christianisme, et son histoire est celle de la plus grande révolution morale que les sociétés humaines aient vu s’accomplir. La métamorphose de ce monument correspond à la métamorphose que subit l’esprit des hommes. Celle-ci est en quelque sorte rendue visible par le changement de direction qu’éprouva la basilique païenne de Maxence, quand elle devint la basilique chrétienne de Constantin. Elle était d’abord dirigée dans le sens du Forum, du sud-est au nord-ouest, comme le prouve un portique que l’on a découvert à l’une de ses extrémités ; en plaçant l’entrée principale sur un des côtés du monument, on en changea le sens en même temps que la destination, et il se trouva dirigé du sud-ouest au nord-est, c’est-à-dire à peu près de l’ouest à l’est, selon l’orientation ordinaire des anciennes basiliques chrétiennes ; celle-ci se tourna donc vers le soleil levant, comme les âmes se tournaient vers la lumière naissante du christianisme.

C’est surtout ici que l’on est frappé de la persistance des Romains à élever jusqu’à la fin de grands monumens, même quand ils ne savaient plus faire de grandes choses. La basilique de Maxence avait trois cent trente pieds de long sur deux cent vingt pieds de large. Ainsi, la veille du jour où Constantin allait abandonner la vieille Rome pour fonder une Rome nouvelle sur les rives du Bosphore, son compétiteur Maxence construisait cette immense basilique, qui probablement serait encore debout, si un tremblement de terre ne l’eût en partie renversée au XIVe siècle. Maxence, ce dernier empereur de la Rome païenne, pendant un règne agité de six années, a eu le temps de bâtir deux monumens considérables, la basilique dont je viens de parler et un cirque.

Ce cirque est en dehors de Rome, près de la tombe de Cécilia Metella et de ruines qui ont probablement appartenu à quelque villa impériale dont il faisait partie. C’était l’usage, nous l’avons vu à propos d’Héliogabale et des Gordiens, que les grandes villes continssent des basiliques, des thermes et des cirques. Le cirque bâti par Maxence fut dédié par lui à son fils, qu’il avait appelé Romulus. La Rome païenne devait commencer et finir par ce nom fatal, comme