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mais les sénateurs, ces sénateurs qui avaient respectueusement délibéré sur le plat qui pourrait contenir le turbot impérial, montrèrent une lâche joie. Ils se rassemblèrent aussitôt, et déchirèrent par les plus violentes invectives celui qu’ils avaient flatté. Ils firent abattre ses trophées, renverser et briser ses statues, et déclarèrent sa mémoire abolie. Ce fut là son apothéose. Sa nourrice Phyllis, pour lui donner une sépulture cachée, fut obligée, Dion le dit expressément, de voler son cadavre.

Il faut parler des deux poètes qui ont si brillamment figuré dans cette histoire des monumens érigés par Domitien. Stace nous a donné peu de détails sur lui-même, si ce n’est sur sa manière de composer par ordre, dans un très court délai, des pièces de vers pour lesquelles le maître ne lui donnait souvent qu’un ou deux jours, et l’on ne pouvait faire attendre Domitien. Nous savons par Juvénal que les lectures de la Thébaïde de Stace étaient fort courues, mais qu’après il ne s’en trouvait pas plus riche, et ne se tirait d’affaire qu’en vendant une tragédie à Paris, l’auteur à la mode et le favori de Domitia ; ce qui prouve, pour le dire en passant, que les pièces de théâtre s’achetaient comme les livres. Cette pauvreté de Stace n’est pas une excuse de ses bassesses, mais c’est une circonstance atténuante.

Il en est à peu près de même pour Martial, on le voit par les lettres de Pline le Jeune. Martial adressait des vers, dont le ton est très respectueux, à Pline, qui lui donnait quelque argent. Celui-ci ne rendait pas assez de justice au talent de son protégé, et en parlait un peu légèrement. « Ces vers qu’il a faits sur moi n’iront pas à l’immortalité, dites-vous ? Peut-être bien (Pline se trompait) ; cependant il les a écrits comme s’ils devaient y arriver. » Martial pourtant n’était pas tout à fait pauvre. Si à Rome il demeurait au troisième étage, et dans une rue tellement étroite, qu’il pouvait toucher la main au locataire d’en face, il avait une petite maison de campagne ou ferme à quelques milles, près de Nomentum, dans un canton, il est vrai, peu fertile. Il nous a donné assez de renseignemens sur ce qui le concerne pour que nous puissions facilement retrouver son habitation de ville. Martial nous a laissé son adresse aussi bien que celle de ses libraires : il logeait dans le quartier du Poirier ou de la Poire, sur le Quirinal, près du temple de Quirinus et du cirque de Flore, et depuis son arrivée à Rome il y avait toujours vécu. Aujourd’hui l’habitation du poète s’élèverait dans les environs du palais Barberini, un peu plus haut que ce palais sans doute, car Martial semble aussi avoir été voisin du temple des Flaviens, et il voyait par sa fenêtre du troisième les lauriers qui croissaient autour du portique d’Agrippa, près de la voie Flaminienne, à présent le Corso.

Outre ce que Martial nous apprend de sa propre demeure, il nous a