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III.

Le premier acte à accomplir par l’intervention européenne en ces parages sera clone de châtier le mandarin Yeh et ses satellites, et de leur donner une leçon dont le récit, porté par la voix publique jusqu’aux extrémités de l’empire, fasse trembler ceux qui songeront à les imiter. Il est probable que les Anglais ne laisseront à personne le soin de remplir cette tâche, et qu’ils s’en acquitteront de main de maître, avec d’autant moins de ménagemens du reste, qu’ils sont assez disposés à renoncer à leurs établissemens de Canton pour transporter le centre de leur commerce à Shanghaï, bien mieux situé de toute manière, au milieu d’un pays riche, sain, et de populations douces et sympathiques.

Après avoir châtié les Cantonnais, pris la revanche de la civilisation sur la barbarie, et donné ainsi aux Chinois un nouvel exemple de la toute-puissance des armes européennes, on pourrait à la rigueur s’en tenir là, et reprendre le projet d’ambassade à Péking, que l’incident de Canton avait fait suspendre. Seulement, cet incident ayant forcé l’Angleterre à faire en Chine un très grand déploiement de forces, elle désirera naturellement en profiter pour obtenir des avantages proportionnés à ses sacrifices. Déjà les associations, commerçantes du royaume-uni ont commencé à s’expliquer sur les bases nécessaires des relations futures de la Grande-Bretagne avec la Chine; déjà nous voyons les East India et China associations de Londres et de Liverpool réclamer les conditions suivantes : « liberté du commerce sur toutes les côtes et le long de toutes les rivières de la Chine, droit pour les navires de guerre de se présenter sur tous les points de ces côtes et rivières. »

On comprendra la portée de cet article, si on réfléchit que la Chine est sillonnée en tous sens de grands cours d’eau accessibles à nos navires, qu’à soixante lieues de l’embouchure du Yang-tze-kiang, la frégate américaine la Susquehanna a trouvé l’eau assez profonde pour porter des vaisseaux, que le Pei-ho est navigable jusqu’auprès de Péking et peut-être jusqu’à Péking même.

Viennent ensuite : « le droit pour les sujets anglais de circuler par terre dans l’intérieur du pays, — le droit d’avoir un ambassadeur à Péking et des consuls dans les ports de la côte et les villes fluviales accessibles à la navigation, — la révision des tarifs de douane, » etc.

Toutes ces conditions sont sages et raisonnables, mais on ne doit pas se dissimuler qu’elles entraînent l’assimilation complète de la Chine aux états européens. C’est une grande œuvre à entreprendre, et il ne faut point s’attendre que le gouvernement chinois, même vaincu et humilié, accepte sans résistance des conditions qui le mettront sur