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Aucun forçat n’a été encore employé dans les mines de cette région.

Des ingénieurs résident dans chaque usine pour la diriger. De plus, il y a dans la ville de Barnaoul, à la tête de chaque service, des fonctionnaires d’un ordre supérieur auxquels sont attachés plusieurs jeunes ingénieurs. Barnaoul est en effet la meilleure école pratique que l’on puisse imaginer. Tous les ans, au mois de mai, on envoie dans les montagnes sept ou huit de ces jeunes ingénieurs, à la tête chacun de cinquante ou soixante mineurs, et le directeur-général leur assigne à tous une vallée ou une partie de vallée qu’ils doivent explorer. En partant, chaque compagnie emporte sa provision de biscuit noir, de sucre, de thé et d’eau-de-vie de grain ; la chasse et la pêche doivent pourvoir au reste. L’ingénieur qui dirige l’expédition reçoit une carte du terrain qu’il doit étudier, et tout est calculé pour que l’exploration soit faite de la façon la plus sérieuse. Une partie des mineurs est occupée à creuser dans le sol des trous de six pieds carrés qu’ils poussent jusqu’au lit de sable et de gravier qui recèle l’or, et que l’on rencontre ordinairement à une profondeur de cinq à dix pieds. Le sable atteint, on en extrait et on en lave une quantité suffisante pour apprécier le rendement en or ; l’ingénieur enregistre combien d’onces d’or ont été recueillies de 100 pouds (1,800 kilos) de minerai. Un autre trou est creusé cinquante ou soixante pas plus loin, et l’on continue toujours ainsi en remontant la vallée, afin d’être certain de ne laisser échapper aucun filon. L’or retiré de chaque trou est mis à part ; il reçoit une étiquette et un numéro correspondant à celui qui est inscrit sur la carte. Le directeur peut juger par-là si une vallée contient des dépôts d’or d’une suffisante richesse pour qu’il convienne d’en ordonner l’exploitation. Pendant qu’une partie des hommes creusent et essaient le terrain aurifère, les autres explorent les roches à la recherche du minerai d’argent. L’ingénieur recueille en outre des échantillons de tous les minéraux que l’on rencontre, et chaque échantillon reçoit encore un numéro qui permet de reconnaître sur la carte l’endroit précis où on l’a trouvé. Ces recherches prennent fin au milieu d’octobre ; l’ingénieur renvoie alors dans leurs villages les hommes qui l’ont accompagné, à l’exception de deux ou trois qui rapportent avec lui à Barnaoul la collection des échantillons. Une galerie lui est assignée où il doit ranger ces échantillons dans l’ordre des indications qu’il a portées sur la carte ; le directeur des mines vient alors les étudier, et se sert des indications ainsi recueillies chaque campagne pour dresser sur une immense échelle une carte géologique de l’Altaï, qui sera une des plus belles œuvres de la science moderne.

La Russie a établi à Barnaoul un observatoire destiné spécialement à des études de magnétisme et de météorologie : les observations